• Archives pour l'Étiquette Trockenbeerenauslese
  • Le Ruster Ausbruch (Burgenland – Autriche)

    Peu d’œnophiles, mêmes éclairés savent que c’est à Rust dans le Burgenland autrichien qu’est produit un des plus grands, peut-être le plus grand vin liquoreux au monde , issu de la pourriture noble ou botrytis cinéréa.

    La petite ville de RUST est située à 60 kilomètres au sud-est de Vienne, sur les confins austro-hongrois, dans un paysage qui rejette loin tous les clichés que l’on peut rapporter un jour d’un voyage dans l’ouest de l’Autriche.
    Nous sommes ici au cœur de l’Europe Centrale, à l’orée de la grande plaine, au bord d’un lac « invraisemblable » : le Neusiedlersee.

    Imaginez quelques instants une espèce peu courante : un lac de steppe de 300 km2 de 7 à 15 Km de large, de 36 Km de longueur, mais d’une profondeur n’excédant pas 1 à 1,5 mètres.

    Vue de Rust depuis les collines surplombant le lac le 7 avril 2008.

    Ces conditions géographiques si particulières (nous sommes ici au point le plus chaud de toute l’Europe Centrale : l’ensoleillement dépasse 2000 heures par an et les précipitations sont en moyenne de 700 mm) sont génératrices d’ un fabuleux micro-climat permettant d’obtenir de la pourriture noble peu ou prou jusqu’à 7 à 8 fois par décade… Un record du monde !
    D’ailleurs, les meilleurs vignobles de RUST se lovent jusqu’à l’extrême bordure du lac baignant les derniers ceps de vigne…

    Il est surprenant de constater le très lent développement des vins liquoreux botrytisés en France (guère avant 1850) alors qu’au contraire à Rust et à Tokaj on avait bien compris dès le XVIème siècle l’importance des brumes automnales pour la production de ce type de vin.

    Les RUSTER AUSBRUCH sont probablement avec les Tokaji les plus anciens liquoreux issus de raisins passerillés sur pied de l’histoire européenne du vin.
    La première mention connue est de 1525, soit une cinquantaine d’années avant Tokaj (à 400 Km plus à l’Est).

    Les RUSTER étaient dès le XVIIème siècle reconnus comme si exceptionnels, que l’Empereur lui-même donna à RUST en 1684 le statut de ville libre d’Empire, dispensée de taxes et de droits féodaux.
    C’est à partir de cette époque que les tonneaux des vignerons purent arborer fièrement la lettre  » R  » (comme Rust) marquée au feu.

    Ici, tout évoque la tradition et l’histoire. Les familles de vignerons sont installées pour la plupart depuis le milieu du XVIIème siècle. Elle furent hongroises jusqu’à l’éclatement de l’Empire en 1919 (Hongrie allemande de l’Ouest) puis devinrent autrichiennes.

    Ruster et Tokaji connurent un destin presque commun, mais eu égard à la modestie des surfaces du vignoble de Rust, ce dernier fut peu à peu éclipsé par la formidable ascension du Tokaji et vers la fin du XIXème siècle avec la crise du philoxera, il avait pratiquement disparu.

    Complanté initialement du cépage hongrois Furmint, (appelé autrefois ici Zapfner) le vignoble renaîtra de ses cendres après la première guerre mondiale avec un choix très vaste de cépages, à la fois indigènes et internationaux.
    Pour tout ce qui touche aux vins liquoreux proprement dit, on utilise aujourd’hui plus spécifiquement les cépages : Chardonnay, Muscat à petits grains, Muscat Ottonel, Sauvignon, Pinot Gris (alias Rülander), Pinot Blanc (alias Weissburgunder), Gewürtztraminer, Riesling, Müller-Thurgau, mais aussi les excellents cépages indigènes Welshriesling, Neuburger et depuis peu à nouveau, le Furmint.
    Le Bouvier quant à lui est à éviter … Je le considère comme une « usine à sucre » !

    Les vignobles couvrent environ 500 hectares dont 40% seulement sont consacrés aux vins blancs. Sur ces 200 hectares restants pour les potentiels vins liquoreux, environ une petite centaine sont aptes à produire les plus fins nectars. La forte demande internationale de vins rouges tend à réduire encore la production de ce type de vin.

    Les meilleurs d’entre eux, les crus Greiner, Satz, Unterer Vogelsang , etc… sont situés à l’est de la route des bords du lac et rejoignent ce dernier en pente douce.
    Au temps de la monarchie, c’est à Rust que les vendanges étaient les plus tardives de tout l’Empire. Elles ne débutaient jamais avant le 28 octobre et pouvaient s’étaler sur 6 semaines.
    De nos jours on peut avoir la chance d’apercevoir des vendangeurs jusqu’à Noël, lorsque le vigneron cherche à obtenir le fameux « Eiswein » (vin obtenu à partir du pressurage de raisins gelés).

    Comme vous le savez bien à la lecture de la liste des vins de Dionis, nous avons une remarquable collection de vins de cette région et offrons à l’amateur gourmand quelques joyaux œnologiques remontants jusqu’à la fin des années 80.
    Les grands vins liquoreux de pourriture noble de Rust se répartissent en fonction de leur richesse naturelle en sucre au moment de la vendange, de la manière suivante :

    • Auslese : entre 21 KMW et 25 KMW (entre 21 % et 25 % de sucres par litre de moût en masse volumique)
    • Beerenauslese : entre 25 KMW et 27 KMW (entre 25 % et 27 % de sucres par litre de moût en masse volumique)
    • Ausbruch : à partir de 27 KMW (27 % de sucres par litre de moût en masse volumique)
    • Trockenbeerenauslese : A partir de 30 KMW (30 % de sucres par litre de moût en masse volumique.

    La vendange du raisin permettant d’obtenir le niveau qualitatif requis pour l’Ausbruch, nécessite un moût dont la richesse naturelle en sucre est au minimum de 138° Oechsle ou 27 KMW (environ 320g par litre).

    Un « Trockenbeerenauslese » (TBA) que rien ne différencie d’un Ausbruch, si ce n’est une richesse en sucre naturel encore plus élevée, doit présenter à la vendange un moût d’une richesse minimale de 30 KMW (environ 360g de sucre par litre).

    L’Ausbruch et le TBA doivent provenir exclusivement de raisins confits par la pourriture noble. Toute chaptalisation est prohibée. En France, la chaptalisation est autorisée à raison de 2%/vol, même pour les vins liquoreux. Seule la mention  » Vendanges Tardives  » ou  » Sélection de grains nobles  » est la garantie légale en France d’une vendange non enrichie.
    Les rendements moyens sont pour les Ausbruch de 400 à 750 litres par hectare.

    Ce qui fait la spécificité du Ruster-Ausbruch c’est son mode de vinification reposant sur une tradition éprouvée, multiséculaire .
    Bien qu’il y ait un « air de famille » indiscutable entre ce dernier et le Tokaji, la différence réside dans le fait qu’à Rust, ce sont des grappes de raisins « frais » non botrytisées , qui sont ajoutées et assemblées aux grappes complètement confites par la pourriture noble, ceci afin de faciliter le démarrage de la fermentation.

    Les quatre saisons à Rust
    Macération de grains botrytisés (pourriture noble)
    De gauche à droite : Tibor Kovacs, Michel et Robert Wenzel, enfin Jean-François Ragot, en octobre 1995 à Rust.
    Pressurage d’une cuvée de Ruster Ausbruch

    A Tokaj, ce sont des grains confits par la pourriture noble et le passerillage, vendangés un à un, qui sont mis à macérer, soit dans du moût, soit dans du moût en fermentation, soit dans un vin blanc de base.
    A partir de là, la vinification et l’élevage de ces deux vins sont proches.
    Il y a une trentaine d’années, on élevait les Ruster-Ausbruch un peu comme les Tokaji, par de longs séjours dans le bois. De nos jours, on recherche des vins beaucoup plus proches du fruit, grâce à des durées d’élevage courtes.
    Un Ausbruch équilibré doit présenter un taux d’alcool assez élevé (pratiquement entre 12.5% et 14% vol ) avec de 100 à 180 gr de sucres résiduels.

    C’est à mon sens un véritable archétype de la sélection de grains nobles , avec une puissance, un « rôti » dû au botrytis , une longueur et surtout une fraîcheur en bouche due à une splendide acidité , que je n’ai quasiment jamais rencontrée dans aucun autre vin de cette catégorie, si ce n’est dans le Tokaji.
    Ce sont des vins de très longue garde et la variété des cépages utilisés fait de chacun d’entre eux une authentique rareté et donc un véritable joyau œnologique.

    Jean-François RAGOT


  • ÉPUISÉ – Trabener Würzgarten Trockenbeerenauslese Riesling 2011 (0,375L) Weingut Trossen « Quintessence »

    trockenbeerenaus2011Nous touchons avec ce type de vin un certain absolu, avec des liquoreux d’une concentration extraordinaire. Ce nectar ou plutôt cette quintessence, véritable âme du cépage riesling, a été vendangé le 20 novembre 2011, pour une quantité de 50 litres environ…

    Le Riesling est LE CÉPAGE idéal à tous les niveaux pour produire dans de très rares occasions ce type de vin. Le pays idoine est sans contestation possible l’Allemagne. La région la plus appropriée est avec le Rheingau, la Moselle Centrale. C’est dans ces deux régions d’Allemagne que l’on produit les quintessences de grains nobles les plus exceptionnelles, en quantités ridiculement faibles et une fois ou deux par décade. Ces vins appartiennent à la catégorie des liquoreux les plus onéreux au monde.
    Nous avons réussi par privilège exceptionnel, à obtenir quelques bouteilles de ce divin breuvage.

    Éléments analytiques :
    Alcool : 6% vol
    Sucres résiduels : 395 g/L
    Acidité fixe : 9,4‰

    La bouche de ce vin, encore très fermé et qui mettra de longues années à s’épanouir, est un véritable feu d’artifice aromatique, allant de l’abricot à l’agrume, soutenu par une remarquable acidité. La rétro-olfaction est impressionnante et la longueur du vin sans fin…
    Sa durée de vie est pratiquement illimitée, à charge pour l’amateur patient de changer le bouchon tous les 25 ans…


  • News 25 Novembre 2013 : Tour d’Europe, suite et fin par la Hongrie, l’Autriche et l’Allemagne.

    Orliénas, le 25 novembre 2013,

    Hongrie – Tokajhegyalja

    Le tour d’Europe s’est logiquement poursuivi par la région de Tokaj (Tokajhegyalja) où je suis resté cinq jours du 1er au 5 novembre.
    Quelques mots sur cette vendange 2013 qui a débuté pour les zones les plus précoces un peu après la mi-septembre, pour se terminer pour les plus tardives d’entre elles un peu avant la mi-novembre.
    C’est globalement une excellente année, avec une production de vins aszu importante, la plus élevée depuis 2008.
    En effet, on peut évaluer la production totale pour ce millésime à environ 10 000 hectolitres, soit deux millions de bouteilles à venir, la très grande majorité étant produite par l’ex « combinat ».
    La qualité moyenne est élevée et la notre avec Sarospatak, très élevée.

    Tokajhegyalja : fin de vendange dans la région de Tokaj, le 4 novembre 2013.
    Tokajhegyalja : fin de vendange dans la région de Tokaj, le 4 novembre 2013.
    Tokajhegyalja : coup d'oeil sur les dernières caisses de la vendange, le 4 novembre 2013.
    Tokajhegyalja : coup d’oeil sur les dernières caisses de la vendange, le 4 novembre 2013.
    Tokajhegyalja : technique de sélection de grains aszu, le 4 novembre 2013.
    Tokajhegyalja : technique de sélection de grains aszu, le 4 novembre 2013.
    Tokajhegyalja : essence pure de Tokaji 2013 ou Eszencia 2013, le 4 novembre 2013.
    Tokajhegyalja : essence pure de Tokaji 2013 ou Eszencia, le 4 novembre 2013.
    Tokajhegyalja : Détails de grains aszu, le 4 novembre 2013.
    Tokajhegyalja : Détails de grains aszu, le 4 novembre 2013.
    Tokajhegyalja : Les dernières caisses de grains aszu de la vendange, le 4 novembre 2013,
    Tokajhegyalja : Les dernières caisses de grains aszu de la vendange, le 4 novembre 2013,

     

    Autriche

    Le tour d’Europe s’est poursuivi par Rust (Burgenland – Autriche) les 6 et 7 novembre.
    Là aussi, la qualité de la vendange 2013 est excellente, que ce soit pour les blancs secs ou les rouges.
    La dégustation des nouvelles cuvées de blancs secs 2013 de notre partenaire historique Bruno Landauer nous a donné entière satisfaction. Le Weissburgunder et le Chardonnay sont particulièrement prometteurs.

    Nous dégusterons les vins rouges au mois d’avril 2014, difficiles à juger à ce stade, car en fermentation. A première vue, la couleur et la concentration semblent bien au rendez-vous (à suivre).

    Pour ce qui concerne les moelleux et liquoreux, le gewurztraminer 2013 vendange tardive (Spätlese) est déjà tout a fait délicieux, parfaitement dans la lignée des millésimes précédents.
    De nombreux raisins, attendent encore la vendange pour produire des liquoreux de niveau auslese, beerenauslese et peut être ausbruch. J’en saurai un peu plus dans quelques jours.

    En revanche, il n’y aura pas la possibilité cette année 2013 d’élaborer un vin de glace ou eiswein. Ce n’est pas trop grave, car nous sommes assis sur un petit stock de superbes 2009 et 2012 (ce dernier, non encore mis à la vente).

    Rust (Burgenland / Autriche) : entourant Jean-François Ragot, le trio des meilleurs producteurs de Ruster Ausbruch. De gauche à droite : Peter Schandl, JF Ragot, Robert Wenzel et Bruno Landauer, le 6 novembre 2013.
    Rust (Burgenland / Autriche) : entourant Jean-François Ragot, le trio des meilleurs producteurs de Ruster Ausbruch.
    De gauche à droite : Peter Schandl, JF Ragot, Robert Wenzel et Bruno Landauer, le 6 novembre 2013.
    Rust (Burgenland / Autriche) : Le 6 novembre 2013, Jean-François Ragot et un vieux complice depuis 1985, Robert Wenzel (le Roi des Ruster Ausbruch ! ), qui a eu 81 ans le lendemain.
    Rust (Burgenland / Autriche) : Le 6 novembre 2013, Jean-François Ragot et un vieux complice depuis 1985, Robert Wenzel (le Roi des Ruster Ausbruch ! ), qui a eu 81 ans le lendemain.
    Rust (Burgenland / Autriche), Jean-François Ragot et Bruno Landauer, le 6 novembre 2013, dégustant les vins nouveaux.
    Rust (Burgenland / Autriche), Jean-François Ragot et Bruno Landauer, le 6 novembre 2013, dégustant les vins nouveaux.

     

    Allemagne

    Le voyage s’est poursuivi et terminé par l’Allemagne, avec principalement la Moselle Centrale et ses Riesling d’anthologie.
    Avec le millésime 2012, il y a à la fois une belle maturité et un équilibre acidité/matière rare.

    Dégustation chez Weingut Trossen et chez Paulinshof du remarquable millésime 2012, à l’équilibre suprême.

    A noter, chez Trossen, une rareté absolue, surtout sur le territoire de la Moselle Centrale où sont produits certainement les rieslings les plus précieux de tous :

    Trabener Würzgarten Trockenbeerenauslese riesling 2011 (0.375l)

    Ce nectar ou plutôt cette quintessence, véritable âme du cépage riesling, a été vendangé le 20 novembre 2011, pour une quantité de 50 litres environ
    Nous avons réussi par privilège exceptionnel à obtenir quelques bouteilles de ce divin breuvage qui sera vendu dans le cadre des Portes Ouvertes de Noël
    les 12, 13 et 14 décembre 2013.

    Alcool : 6% vol
    Sucres résiduels : 395 g/L
    acidité fixe : 9,4‰

    Vue des vignobles de la Moselle centrale allemande, le 11 novembre 2013.
    Vue des vignobles de la Moselle centrale allemande, le 11 novembre 2013.
    Vue des vignobles de la Moselle centrale allemande avec le cru Lösnicher Försterlay, le 11 novembre 2013.
    Vue des vignobles de la Moselle centrale allemande avec le cru Lösnicher Försterlay, le 11 novembre 2013.
    Traben Trarbach dans la Moselle centrale allemande, le 10 novembre 2013.
    Traben Trarbach dans la Moselle centrale allemande, le 10 novembre 2013.
    Vue de la partie nord de la Moselle allemande et de son célèbre cru, le Zeller Schwarze Katz, le 10 novembre 2013.
    Vue de la partie nord de la Moselle allemande et de son célèbre cru, le Zeller Schwarze Katz, le 10 novembre 2013.
    Vue des vignobles de la Moselle allemande dans sa partie nord, le 10 novembre 2013.
    Vue des vignobles de la Moselle allemande dans sa partie nord, le 10 novembre 2013.
    Vue des vignobles de la Moselle allemande dans sa partie nord, le 10 novembre 2013.
    Vue des vignobles de la Moselle allemande dans sa partie nord, le 10 novembre 2013.
    Vue de Cochem et de ses vignobles dans la partie  nord de la Moselle allemande, le 10 novembre 2013.
    Vue de Cochem et de ses vignobles dans la partie nord de la Moselle allemande, le 10 novembre 2013.

  • News 3 Décembre 2012 : coup d’œil en images de mon tour d’Europe de l’automne 2012.

    Orliénas, le 3 décembre 2012,

    Je m’y suis rendu comme chaque année la première quinzaine de novembre.
    Dans la Moselle allemande, les conditions du millésime 2012 sont plutôt bonnes et les vendanges battaient leur plein dans toute la Moselle, du nord au Sud le 31 octobre.
    Les conditions climatiques sèches et chaudes de l’été ont permis en Autriche une excellente récolte 2012 pour les vins blancs secs et les vins rouges. A noter, que le domaine Landauer a commencé à vendanger le 1er septembre. Le gros des vendanges s’est terminé début octobre. A la date de la rédaction de cette lettre (début décembre) on ne peut toujours pas se prononcer pour les vins moelleux.
    Bruno Landauer a conservé une bonne quantité de raisins, Pinot blanc et Furmint pour un possible Ausbruch ou Beerenauslese et du Blaufränkisch pour tenter de produire à nouveau cette année un
    eiswein ou vin de glace. Le dernier est du millésime 2009.
    Il est à signaler et j’en parlais avec Bruno le 11 novembre dernier, non seulement, il devient plus difficile de produire des vins de glace à cause du réchauffement climatique, mais il y a également beaucoup moins de botrytis cinerea permettant de produire des liquoreux de type Beerenauslese, Ausbruch et Trockenbeerenauslese. Les décades des années 80 et 90 ont permis peu ou prou de vendanger de l’Ausbruch sur presque tous les millésimes. La décade 2000 a été beaucoup plus modeste en ce domaine et il semble en être de même encore maintenant.

    Cette situation serait liée également directement au réchauffement climatique qui anticipe la maturité des raisins de deux à trois semaines. Les peaux sont par conséquent beaucoup plus épaisses qu’elles ne l’étaient auparavant et forment une sorte d’obstacle à la pénétration du champignon magique botrytis cinerea, producteur du divin nectar.
    En Hongrie, dans la région de Tokaj, ce sont les mêmes types de conditions climatiques qui ont régné cet été 2012. J’avais goûté des raisins déjà très mûrs à la fin du mois d’août et la situation de chaleur sèche s’étant pérennisée durant le mois de septembre, avec toutefois de petites pluies, les vendanges ont été très précoces pour la grande majorité de la zone avec assez peu de grains aszu. Le mois d’octobre ayant été beaucoup plus humide, trop même, il a fallu attendre que les conditions changent pour reprendre et continuer la vendange.
    Quelques producteurs ont conservé des raisins qui ont été récoltés jusqu’à la mi novembre. La dégustation de l’Eszencia 2012 ce mois de novembre permet traditionnellement de se faire une idée du millésime à venir. Il devrait être assez
    aromatique avec une acidité réduite, mais sans avoir la concentration et l’équilibre de 2011. Il sera modeste en quantité mais il y aura cependant quelques très bons vins, j’en suis certain. Nous en reparlerons au printemps 2013.

    Un petit mot supplémentaire, lié au réchauffement climatique et ses conséquences sur les vignobles allemands :
    Une région traditionnellement continentale et froide comme Bamberg dans l’est de la Franconie connait maintenant quelques plantations de vignobles sur les coteaux bien exposés qui dominent cette petite ville historique.

    Deux nouvelles références de Tokaji sont disponibles pour cette fin d’année 2012 :

    Vous trouverez ci-dessous une galerie de photos illustrant ce voyage œnophile.


  • Golser Rheinriesling Trockenbeerenauslese 1999 Domaine Lunzer (0.50L)

    GOLSER TROCKENBEERENAUSLESE RHEINRIESLING 1999

    500 litres seulement de moût d’une richesse de 30,5 KMW (30,5% de sucre par litre de moût en masse volumique) ont été produits pour ce vin hors normes, compte tenu de la rareté du cépage Rheinriesling dans cette région.
    139 grammes de sucres résiduels par litre
    9,4 ‰ d’acidité fixe
    12,5 % d’alcool/vol.

    Un court élevage en barrique a paré ce nectar aristocratique d’une robe dorée et dense.
    Nez d’une grande finesse prélude à une bouche riche, complexe, d’une très grande longueur. Vin de grande garde prévisible.

    Il arrive doucement à maturité en cette année 2011.


  • News 17 Avril 2007

    Orlienas, le 17 avril 2007

    Cher(e) ami(e) œnophile,

    Je reprends notre compte-rendu de voyage où nous l’avons laissé la semaine dernière.

    La seule région de l’Italie que j’avoue ne pas connaître encore est la Sardaigne (située entre 39 et 41° de latitude nord) où subsiste probablement le type de viticulture le plus archaïque de l’ensemble italien, mais en revanche, extrêmement intéressante d’un point de vue ampélographique (grande richesse en cépages autochtones). Le vignoble qui s’étend sur plus de 40 000 hectares produit en moyenne un million d’hectolitres de vin. La structure viticole de l’île est dominée par quelques grandes caves, principalement des coopératives et une poignée de petites caves avec quelques vignerons bourrés de talents !
    Défricher œnologiquement cette île n’était pas évident, mais là encore, grâce à quelques conseils judicieux de mes partenaires italiens, je crois ne pas avoir perdu de temps et réussi in fine une heureuse synthèse…

    La visite de la cave Attilio Contini, exploitation qui a fait le choix (à mon sens un des plus judicieux actuellement dans l’économie viticole mondiale) d’acheter la presque totalité de ses raisins, vinifie bon nombre des principales appellations de l’île. J’ai particulièrement distingué un Vermentino di Sardegna 2006 (vin blanc sec) aux délicats arômes de fruits frais à pépins, doté d’une bonne acidité et d’une structure aromatique intéressante. Ce vin m’a rappelé quelque peu certains Vermentino corses, bien que les conditions climatiques des deux îles soient sensiblement différentes. J’ai également beaucoup apprécié un rouge 2006 : Isola dei Nuraghi IGT élaboré à partir des cépages indigènes, principalement nieddera, monica et enfin cannonau. Le cannonau (qui est en fait l’ancien cépage espagnol garnacha, grenache en français) réussi extrêmement bien sous le climat méditerranéen chaud de la Sardaigne. Originaire de la basse vallée du Tirso, ce vin est particulièrement fruité et typé, avec des arômes de petit fuit rouge. D’assez bonne densité et de longueur correcte, il est un parfait vin rouge d’initiation à prix modéré. Je serai en revanche plus réservé sur certains riserva comme le nieddera rouge 2004 en raison d’une utilisation trop appuyée de la barrique. C’est encore à ce jour un mal universel de part le monde !

    Barrile 2003 Isola dei Nuraghi IGT

    En revanche, le Barrile 2003 Isola dei Nuraghi IGT (cépages nieddera et caddiu pour 90 % et 10 % pour d’autres cépages autochtones variés) est une grande réussite ! La robe grenat intense est presque sans évolution, le nez complexe, fruité avec des nuances balsamiques, la bouche quant à elle est tout à fait délicieuse, longue et équilibrée ; c’est un très bon vin présentant un élevage tout à fait réussi ! Hélas, le prix est en conséquence…

    Je n’ai personnellement pas été emballé par la dégustation des fameuses Vernaccia, produites dans le style « vin de voile », avec le système de solera. Certains vins exceptionnels comme le « Flor 22 » présentent des caractéristiques qui rappellent les grands Xérès. La complexité aromatique est impressionnante mais je suis personnellement gêné par le côté alcooleux du vin. C’est un parfait « vin de culture » à déguster sur place en hiver.

    Une visite de la Fattoria Meloni m’a permis d’approcher quelques grands vins liquoreux naturellement doux, une production ancestrale de la Sardaigne. Je citerai un délicieux Moscato di Cagliari élaboré à partir d’une vendange tardive de muscat à petits grains vendangé début octobre. C’est encore une autre conception du grand cépage muscat à petits grains dans ce qu’il peut produire de meilleur. Je citerai également trois très beaux liquoreux naturellement doux issus de cépages autochtones, le Giró di Cagliari, le Nasco di Cagliari et la Malvasia di Cagliari. Ces vins nous permettent une approche vraiment passionnante de l’histoire vinicole du pays.

    Les allées du Vinitaly, huit hectares, je vous le rappelle, nous permettent de « voyager » assez rapidement. Je voudrais faire une mention des très bons vins blancs que j’avais connus, lors de mes déplacements en Sicile en 2005, chez le Principe di Spadafora (Palermo).
    Francesco di Spadafora m’a fait déguster son Alhambra 2006 élaboré à partir de l‘inzolia et du cataratto. C’est un vin très fuité, équilibré, de bonne longueur et qui démontre les grandes possibilités longtemps méconnues de cette région dans l’élaboration de « vins blancs plaisir ». Une mention toute particulière pour une nouveauté, son Grillo 2006, vin blanc précis, fruité, d’une délicatesse exquise mais dont le prix est quelque peu dissuasif.
    Pour les rouges, je mentionnerai son Monreale syrah 2005, aromatique et tannique qui démontre l’excellente acclimatation de la syrah dans cette région méditerranéenne chaude.

    Avant de quitter la Sicile , nous allons passer par Syracuse qui produit un ancestral muscat naturellement doux dont l’archétype est produit par une vieille famille aristocratique, les Pupillo. J’ai été reçu par Antonino Pupillo et sa fille Carmela qui vivent dans un château médiéval, ancienne résidence impériale de Frédéric II, le Solacium. Le Moscato di Syracusa 2005, justement appelé Solacium, est une manière extraordinaire de décliner ce cépage mythologique. Le bouquet est très original, sur la fleur d’oranger. En dépit de 110 grammes de sucre résiduel, la dégustation ne laisse en bouche que le souvenir d’arômes frais et aériens ; pas la moindre lourdeur pour ce vin qui trouve ses origines dans la « Grande Grèce » vingt-cinq siècles plus tôt.

    Antonino Pupillo et sa fille Carmela.

    Au détour des allées, j’ai eu la surprise de « tomber » sur une vieille connaissance, Vassilis Kanellakopoulos du domaine Mercouri dans le Péloponnèse (Grèce). Nous étions allés le voir, Luc Chatain et moi-même au mois d’avril 2001. Cette propriété située sur la côte ouest du Péloponèse tout au bord de la mer est véritablement un endroit magique. Les vins d’une grande originalité sont frappés du sceau de l’authenticité. Vassilis fait un usage raisonné des cépages autochtones alliés aux cépages internationaux. A l’occasion de cette seconde rencontre, nous avons dégusté un excellent rouge 2004, vin régional de Letrinon, élaboré grâce à l’assemblage de 85 % de cépage refosco et 15 % de mavrodaphné. La robe est d’un beau grenat brillant, le nez et la bouche sont pleins d’arômes vibrants de fruits rouge et noir, c’est très digeste et facile à boire. Hélas, jusqu’à plus ample informé, le positionnement du vin est quelque peu « hors marché ». C’est un problème général des vins grecs positionnés à des prix trop élevés, qui souffrent de la concurrence des autres grands pays producteurs européens comme l’Italie, l’Espagne ou la France.
    J’ai rencontré bien d’autres vignerons encore durant ces trois jours, mais je crois vous avoir informé de tout ce qui méritait de l’être.

    La deuxième étape de ce voyage a été classiquement consacrée à Rust (Burgenland-Autriche) où ce fut l’occasion de faire le point avec mon partenaire et ami Bruno Landauer sur l’évolution du millésime 2006. Comme je vous l’avais laissé entendre déjà au mois de novembre, les vins étaient prometteurs et aujourd’hui on peut dire que les promesses ont été tenues ! Les blancs secs sont excellents, particulièrement, comme d’habitude, le Pinot Blanc Altereben (« vieux ceps ») et le Chardonnay (von Muschelkalk). La dégustation de deux cuvées de blancs liquoreux issus de la pourriture noble (un Welschriesling et un Pinot Blanc de plus de 30 KMW c’est-à-dire 30 % de sucre en masse volumique) nous permet d’envisager un très heureux mariage entre les deux : ce sera notre Ruster Beerenauslese 2006, très aromatique, équilibré et doté d’une excellente acidité. Il prendra tout naturellement la place des Beerenauslese 1995, 1998 et 1999 dont il nous reste encore, Dieu merci, quelques caisses !

    Les vignobles de Rust le 2 avril 2007.

    Comme vous le savez, nous avions pu élaborer en 2005, grâce à des circonstances fortuites, une sélection de grains nobles rouge de niveau Beerenauslese, issue du Zweigelt et du Pinot Noir. Cette sélection embouteillée en 0.75l est épuisée hélas depuis longtemps déjà. En 2006, suite au succès de ce vin, nous avons décidé avec Bruno de tenter de produire un vin de ce type, mais encore plus riche, en ne vendangeant pas toute une partie d’un vignoble. Nous avons réutilisé les mêmes cépages et le résultat a été à la hauteur de nos espérances : en richesse nous sommes au niveau de Trockenbeerenauslese, c’est-à-dire que le raisin a été vendangé au-delà de 30 KMW.

    La couleur est très belle, d’un rubis profond, et le bouquet de fruits rouges frais particulièrement remarquable. En bouche, c’est beaucoup plus riche que le 2005, bien qu’à ce stade nous n’ayons encore aucune analyse. Vous serez tenus informés en temps utiles des suites.

    La suite et la fin de ce compte-rendu la semaine prochaine.

    Bien sincères salutations œnophiles.

    Jean-François Ragot