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  • Le Ruster Ausbruch (Burgenland – Autriche)

    Peu d’œnophiles, mêmes éclairés savent que c’est à Rust dans le Burgenland autrichien qu’est produit un des plus grands, peut-être le plus grand vin liquoreux au monde , issu de la pourriture noble ou botrytis cinéréa.

    La petite ville de RUST est située à 60 kilomètres au sud-est de Vienne, sur les confins austro-hongrois, dans un paysage qui rejette loin tous les clichés que l’on peut rapporter un jour d’un voyage dans l’ouest de l’Autriche.
    Nous sommes ici au cœur de l’Europe Centrale, à l’orée de la grande plaine, au bord d’un lac « invraisemblable » : le Neusiedlersee.

    Imaginez quelques instants une espèce peu courante : un lac de steppe de 300 km2 de 7 à 15 Km de large, de 36 Km de longueur, mais d’une profondeur n’excédant pas 1 à 1,5 mètres.

    Vue de Rust depuis les collines surplombant le lac le 7 avril 2008.

    Ces conditions géographiques si particulières (nous sommes ici au point le plus chaud de toute l’Europe Centrale : l’ensoleillement dépasse 2000 heures par an et les précipitations sont en moyenne de 700 mm) sont génératrices d’ un fabuleux micro-climat permettant d’obtenir de la pourriture noble peu ou prou jusqu’à 7 à 8 fois par décade… Un record du monde !
    D’ailleurs, les meilleurs vignobles de RUST se lovent jusqu’à l’extrême bordure du lac baignant les derniers ceps de vigne…

    Il est surprenant de constater le très lent développement des vins liquoreux botrytisés en France (guère avant 1850) alors qu’au contraire à Rust et à Tokaj on avait bien compris dès le XVIème siècle l’importance des brumes automnales pour la production de ce type de vin.

    Les RUSTER AUSBRUCH sont probablement avec les Tokaji les plus anciens liquoreux issus de raisins passerillés sur pied de l’histoire européenne du vin.
    La première mention connue est de 1525, soit une cinquantaine d’années avant Tokaj (à 400 Km plus à l’Est).

    Les RUSTER étaient dès le XVIIème siècle reconnus comme si exceptionnels, que l’Empereur lui-même donna à RUST en 1684 le statut de ville libre d’Empire, dispensée de taxes et de droits féodaux.
    C’est à partir de cette époque que les tonneaux des vignerons purent arborer fièrement la lettre  » R  » (comme Rust) marquée au feu.

    Ici, tout évoque la tradition et l’histoire. Les familles de vignerons sont installées pour la plupart depuis le milieu du XVIIème siècle. Elle furent hongroises jusqu’à l’éclatement de l’Empire en 1919 (Hongrie allemande de l’Ouest) puis devinrent autrichiennes.

    Ruster et Tokaji connurent un destin presque commun, mais eu égard à la modestie des surfaces du vignoble de Rust, ce dernier fut peu à peu éclipsé par la formidable ascension du Tokaji et vers la fin du XIXème siècle avec la crise du philoxera, il avait pratiquement disparu.

    Complanté initialement du cépage hongrois Furmint, (appelé autrefois ici Zapfner) le vignoble renaîtra de ses cendres après la première guerre mondiale avec un choix très vaste de cépages, à la fois indigènes et internationaux.
    Pour tout ce qui touche aux vins liquoreux proprement dit, on utilise aujourd’hui plus spécifiquement les cépages : Chardonnay, Muscat à petits grains, Muscat Ottonel, Sauvignon, Pinot Gris (alias Rülander), Pinot Blanc (alias Weissburgunder), Gewürtztraminer, Riesling, Müller-Thurgau, mais aussi les excellents cépages indigènes Welshriesling, Neuburger et depuis peu à nouveau, le Furmint.
    Le Bouvier quant à lui est à éviter … Je le considère comme une « usine à sucre » !

    Les vignobles couvrent environ 500 hectares dont 40% seulement sont consacrés aux vins blancs. Sur ces 200 hectares restants pour les potentiels vins liquoreux, environ une petite centaine sont aptes à produire les plus fins nectars. La forte demande internationale de vins rouges tend à réduire encore la production de ce type de vin.

    Les meilleurs d’entre eux, les crus Greiner, Satz, Unterer Vogelsang , etc… sont situés à l’est de la route des bords du lac et rejoignent ce dernier en pente douce.
    Au temps de la monarchie, c’est à Rust que les vendanges étaient les plus tardives de tout l’Empire. Elles ne débutaient jamais avant le 28 octobre et pouvaient s’étaler sur 6 semaines.
    De nos jours on peut avoir la chance d’apercevoir des vendangeurs jusqu’à Noël, lorsque le vigneron cherche à obtenir le fameux « Eiswein » (vin obtenu à partir du pressurage de raisins gelés).

    Comme vous le savez bien à la lecture de la liste des vins de Dionis, nous avons une remarquable collection de vins de cette région et offrons à l’amateur gourmand quelques joyaux œnologiques remontants jusqu’à la fin des années 80.
    Les grands vins liquoreux de pourriture noble de Rust se répartissent en fonction de leur richesse naturelle en sucre au moment de la vendange, de la manière suivante :

    • Auslese : entre 21 KMW et 25 KMW (entre 21 % et 25 % de sucres par litre de moût en masse volumique)
    • Beerenauslese : entre 25 KMW et 27 KMW (entre 25 % et 27 % de sucres par litre de moût en masse volumique)
    • Ausbruch : à partir de 27 KMW (27 % de sucres par litre de moût en masse volumique)
    • Trockenbeerenauslese : A partir de 30 KMW (30 % de sucres par litre de moût en masse volumique.

    La vendange du raisin permettant d’obtenir le niveau qualitatif requis pour l’Ausbruch, nécessite un moût dont la richesse naturelle en sucre est au minimum de 138° Oechsle ou 27 KMW (environ 320g par litre).

    Un « Trockenbeerenauslese » (TBA) que rien ne différencie d’un Ausbruch, si ce n’est une richesse en sucre naturel encore plus élevée, doit présenter à la vendange un moût d’une richesse minimale de 30 KMW (environ 360g de sucre par litre).

    L’Ausbruch et le TBA doivent provenir exclusivement de raisins confits par la pourriture noble. Toute chaptalisation est prohibée. En France, la chaptalisation est autorisée à raison de 2%/vol, même pour les vins liquoreux. Seule la mention  » Vendanges Tardives  » ou  » Sélection de grains nobles  » est la garantie légale en France d’une vendange non enrichie.
    Les rendements moyens sont pour les Ausbruch de 400 à 750 litres par hectare.

    Ce qui fait la spécificité du Ruster-Ausbruch c’est son mode de vinification reposant sur une tradition éprouvée, multiséculaire .
    Bien qu’il y ait un « air de famille » indiscutable entre ce dernier et le Tokaji, la différence réside dans le fait qu’à Rust, ce sont des grappes de raisins « frais » non botrytisées , qui sont ajoutées et assemblées aux grappes complètement confites par la pourriture noble, ceci afin de faciliter le démarrage de la fermentation.

    Les quatre saisons à Rust
    Macération de grains botrytisés (pourriture noble)
    De gauche à droite : Tibor Kovacs, Michel et Robert Wenzel, enfin Jean-François Ragot, en octobre 1995 à Rust.
    Pressurage d’une cuvée de Ruster Ausbruch

    A Tokaj, ce sont des grains confits par la pourriture noble et le passerillage, vendangés un à un, qui sont mis à macérer, soit dans du moût, soit dans du moût en fermentation, soit dans un vin blanc de base.
    A partir de là, la vinification et l’élevage de ces deux vins sont proches.
    Il y a une trentaine d’années, on élevait les Ruster-Ausbruch un peu comme les Tokaji, par de longs séjours dans le bois. De nos jours, on recherche des vins beaucoup plus proches du fruit, grâce à des durées d’élevage courtes.
    Un Ausbruch équilibré doit présenter un taux d’alcool assez élevé (pratiquement entre 12.5% et 14% vol ) avec de 100 à 180 gr de sucres résiduels.

    C’est à mon sens un véritable archétype de la sélection de grains nobles , avec une puissance, un « rôti » dû au botrytis , une longueur et surtout une fraîcheur en bouche due à une splendide acidité , que je n’ai quasiment jamais rencontrée dans aucun autre vin de cette catégorie, si ce n’est dans le Tokaji.
    Ce sont des vins de très longue garde et la variété des cépages utilisés fait de chacun d’entre eux une authentique rareté et donc un véritable joyau œnologique.

    Jean-François RAGOT


  • News : 3 octobre 2016 : rapide coup d’oeil sur la vendange 2016 en Europe centrale et orientale.

    L’été 2016 a été globalement plus chaud que la moyenne en Europe centrale et orientale avec des précipitations orageuses. Dans la Tokajhegyalja, les vendanges ont débuté vers le 8 septembre et elles se poursuivront durant deux mois environ. On peut espérer une petite quantité de vins liquoreux de très bonne qualité.
    Les vins blancs secs issus principalement du Furmint mais aussi de l’Harslevelu seront bien entendu assez abondants. C’est le principal problème de la région, qui tente de faire croire aux consommateurs naïfs que l’on peut produire de grands vins blancs secs dans cette région. C’est en grande partie une imposture, le raisin Furmint étant admirablement prédisposé à la production de grands liquoreux, mais donnant des vins blancs secs peu aromatiques et de conservation très limitée.

    Petit tour dans le sud des vignobles de la Tokajhegyalja, le 8 septembre 2016 pour évaluer le degré de maturité des raisins Furmint.
    Petit tour dans le sud des vignobles de la Tokajhegyalja, le 8 septembre 2016 pour évaluer le degré de maturité des raisins Furmint.
    Petit tour dans le sud des vignobles de la Tokajhegyalja, le 8 septembre 2016 pour évaluer le degré de maturité des raisins Furmint.
    Petit tour dans le sud des vignobles de la Tokajhegyalja, le 8 septembre 2016 pour évaluer le degré de maturité des raisins Furmint.
    Premier tri de grains aszu dansle sud de la Tokajhegyalja, le 15 septembre 2016.
    Premier tri de grains aszu dans le sud de la Tokajhegyalja, le 15 septembre 2016.
    Détail d'un grain aszu du cépage Furmint, le 15 septembre 2016.
    Détail d’un grain aszu du cépage Furmint, le 15 septembre 2016.
    Vendangeuse procédant au tri traditionnel des grains aszu sur pied, dans le sud de la Tokajhegyalja, le 15 septembre 2016.
    Vendangeuse procédant au tri traditionnel des grains aszu sur pied, dans le sud de la Tokajhegyalja, le 15 septembre 2016.
    Visite le 17 septembre 2016 au domaine Nagygombos Borászat (ancien domaine Grof Grassalkovich). Ce domaine viticole est situé dans la région des Mátra entre Budapest et la Tokajhegyalja. Mon excellent ami oenologue Nicolas Godebski (à droite sur la photo) me fait déguster un "paradis" (moût non intégralement encore fermenté) de Gamay. C'est une véritable curiosité que ce Gamay rosé élaboré bien loin de sa lointaine patrie du Beaujolais. C'est à ma connaissance le seul de sa catégorie. C'est un vin particulièrement délicat et fruité. Une authentique curiosité.
    Visite le 17 septembre 2016 au domaine Nagygombos Borászat (ancien domaine Grof Grassalkovich). Ce domaine viticole est situé dans la région des Mátra entre Budapest et la Tokajhegyalja. Mon excellent ami oenologue Nicolas Godebski (à droite sur la photo) me fait déguster un « paradis » (moût non intégralement encore fermenté) de Gamay.
    C’est une véritable curiosité que ce Gamay rosé élaboré bien loin de sa lointaine patrie du Beaujolais. C’est à ma connaissance le seul de sa catégorie. C’est un vin particulièrement délicat et fruité. Une authentique curiosité.

    Bruno a commencé les vendanges le 7 septembre et essaie de rester zen… En effet, au cours du coup de froid de la fin avril (27, 28 avril) il a perdu à peu près 40% de la vendange 2016 à venir. Mais, ce n’était pas terminé, puisque Rust a été gratifiée de deux orages de grêle, le 4 juillet et le 4 septembre.
    Après une année 2014 catastrophique et une année 2015 exceptionnelle, nous verrons, dans les semaines qui viennent, ce que nous réserve 2016.

    Chez Bruno Landauer à Rust (Burgenland / Autriche), le 17 septembre 2016. Grande dégustation d'une vingtaine de vins, tous plus délicieux les uns que les autres...
    Chez Bruno Landauer à Rust (Burgenland / Autriche), le 17 septembre 2016. Grande dégustation d’une vingtaine de vins, tous plus délicieux les uns que les autres…

  • Vendanges 2015 à Tokaj (région Tokajhegyalja – Hongrie) – 2eme partie

    Orliénas, le 24 novembre 2015,

    Dans ma news du 29 septembre dernier, j’ai évoqué les conditions climatiques dans lesquelles s’inscrit la vendange 2015 à Tokaji jusqu’à la fin du mois de septembre.
    Je me suis rendu à nouveau dans la Tokajhegyalja (région de Tokaj) du 8 au 13 novembre. Je rappelle que les vendanges ont commencé début Septembre pour les premiers vins blancs secs et se sont terminées vers le 13 novembre.
    Pour ce qui touche aux vins liquoreux de Tokaj, qui tendent hélas à devenir bien plus rares, on peut observer pour 2015 deux catégories :

    – Les premiers tris du mois de septembre, qui se sont déroulées par un temps beau, chaud et sec ont permis de récolter des grains aszu passerillés de première classe de haute qualité.

    – Les tris suivants se sont déroulés vers la fin octobre après les pluies, qui ont déclenché l’arrivée du botrytis cinéréa ou pourriture noble. Les grains obtenus sont alors de deuxième et troisième classe. Ils n’ont pas l’aptitude à produire des vins d’Aszu de très haute qualité, mais en revanche, ils peuvent être utilisés pour la production d’excellents Szamorodni.

    Le principal opérateur de la région, Tokajkereskedőház (qui a remplacé le défunt Combinat de Tokaj après les privatisations commencées en 1990) a pour son compte joué la carte des vins blancs secs et acheté que des quantités extrêmement faible de grains aszu. Il regroupe pratiquement tous les petits producteurs qui ne poussent pas, eux non plus à prendre le moindre risque…

    Pour ce qui concerne Dionis, nous nous inscrivons dans la tradition historique de la production de vins liquoreux remontant à plus de quatre siècles, estimant fort peu le niveau qualitatif des vins blancs secs issus du cépage Furmint. Ce dernier est incomparable pour l’élaboration des grands vins liquoreux, mais médiocre pour ce qui touche aux vins blancs secs. Je le dis bien fort depuis des lustres, mais le marché des vins liquoreux étant un marché élitiste, donc réduit, certaines organisations professionnelles locales essaient de nous faire prendre « des vessies pour des lanternes » en tentant de faire croire au monde européen du vin, avec la complicité des medias, que l’on peut produire de grands vins blancs secs dans cette région, en les « travaillant » à la barrique…c’est une imposture !

    Si on cherche de grands vins blancs secs en Europe Centrale, il faut aller les chercher plus sûrement en Autriche ou en Allemagne.

    Je vous laisse regarder quelques photos de la semaine du 9 au 15 novembre 2015.

    Cuve de grains aszu dans l'attente d'être vinifiés. Ce sont typiquement des grains passerillés de première classe vendangés au mois de septembre 2015. Ils sont aptes à produire des Tokaji Aszu de haute qualité. Photo du 10 novembre 2015.
    Cuve de grains aszu dans l’attente d’être vinifiés. Ce sont typiquement des grains passerillés de première classe vendangés au mois de septembre 2015. Ils sont aptes à produire des Tokaji Aszu de haute qualité. Photo du 10 novembre 2015.
    Cuve de grains aszu dans l'attente d'être vinifiés. Ce sont typiquement des grains botrytisés de deuxième classe vendangés dans la deuxième moitié du mois d'octobre 2015. Ils ne sont pas aptes à produire les Tokaji Aszu les plus fins. Photo du 10 novembre 2015.
    Cuve de grains aszu dans l’attente d’être vinifiés. Ce sont typiquement des grains botrytisés de deuxième classe vendangés dans la deuxième moitié du mois d’octobre 2015. Ils ne sont pas aptes à produire les Tokaji Aszu les plus fins. Photo du 10 novembre 2015.
    Pure essence de Tokaji (Eszencia) issue de grains passerillés vendangés au mois de septembre 2015. Sa concentration est de l'ordre de 800g de sucre/ litre. Son acidité marque le pas des années chaudes (entre 10‰ et 11‰). Photo du 10 novembre 2015.
    Pure essence de Tokaji (Eszencia) issue de grains passerillés vendangés au mois de septembre 2015. Sa concentration est de l’ordre de 800g de sucre/ litre. Son acidité marque le pas des années chaudes (entre 10‰ et 11‰). Photo du 10 novembre 2015.
    Grains aszu de l'extrême fin fin des vendanges (à gauche) et des grappes pleinement botrytisées destinées à la production de Szamorodni doux (à droite). Photo du 10 novembre 2015.
    Grains aszu de l’extrême fin fin des vendanges (à gauche) et des grappes pleinement botrytisées destinées à la production de Szamorodni doux (à droite).
    Photo du 10 novembre 2015.
    Gros plan des grains aszu présentés dans la précédente photo. Ils nous montrent à la fois des grains passerillés et des grains botrytisés. Ils ont été vendangés le 10 novembre 2015, date de la photo.
    Gros plan des grains aszu présentés dans la précédente photo. Ils nous montrent à la fois des grains passerillés et des grains botrytisés. Ils ont été vendangés le 10 novembre 2015, date de la photo.
    Grappe de Furmint très botrytisée de niveau Szamorodni doux. Photo du 10 novembre 2015.
    Grappe de Furmint très botrytisée de niveau Szamorodni doux. Photo du 10 novembre 2015.
    Photo très caractéristique de grappes de Furmint bien botrytisées. Elles seront vendangées le jour même pour élaborer des Szamorodni doux. Photo du 10 novembre 2015.
    Photo très caractéristique de grappes de Furmint bien botrytisées. Elles seront vendangées le jour même pour élaborer des Szamorodni doux. Photo du 10 novembre 2015.


  • News : 25 novembre 2014 : premier bilan vendanges 2014 en Europe Centrale et centro-orientale.

    Orliénas, le 25 novembre 2014,

    Mon dernier voyage en novembre, m’a permis de faire le point sur le millésime 2014 en Europe Centrale, dont les dernières vendanges se sont déroulées jusqu’à la fin du mois d’octobre.
    Mais pour commencer petit flash-back concernant le vignoble de Cotnari (Roumanie / Moldavie).
    J’avais écrit à la fin du mois de juillet 2014 que la situation sanitaire du vignoble n’était pas excellente malheureusement. De nombreuses parcelles étaient affectées par l’oïdium, le mildiou, mais également par des arachnides. On estimait alors que la moitié de la production était touchée par ces maladies.
    La situation est allée hélas de mal en pis et il n’a pas été possible d’obtenir des raisins Grasa et Tamiioasa romaneasca en état sanitaire convenable.
    Bien entendu, nous n’entendions pour ce premier essai de vinification de vin de Cotnari, n’acheter que des raisins en surmaturité de haute qualité. Face à une situation défavorable, nous avons décidé d’annuler notre projet pour 2014 et ceci dès la fin du mois d’août.

    Si les conditions le permettent nous tenterons bien sûr l’expérience en 2015.
    Nous vous tiendrons informés de l’évolution de ce dossier qui nous tient à coeur.

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    Trittenheim (Moselle centrale), le 6 novembre 2014
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    Moselle Centrale, le 6 novembre 2014.
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    Oestrich (Rheingau) avec en fond à gauche, le château Johannisberg, le 7 novembre 2014.
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    jean-François Ragot et Bruno Landauer à Rust (Burgenland/Autriche), le 17 novembre 2014.
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    Vignobles de Spitz dans la Wachau (Vallée du Danube/Autriche), le 18 novembre 2014.

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    Mais revenons-en à ce que nous avons observé ce mois de novembre 2014 en Europe Centrale.
    Globalement, les conditions sanitaires des vignobles ont été rendues périlleuses par suite de précipitations importantes qui se sont déroulées dans la plupart des régions durant tout l’été.
    Ceci est valable pour la région de Tokaj où il a fallu procéder à des tris extrêmement sévères, entrainant une élimination de plus de la moitié des raisins.
    Cette situation a toutefois été favorable aux bons vignerons, car la pourriture noble s’est répandue de manière assez égale sur l’ensemble du territoire de l’appellation.
    L’aspect crucial du tri des raisins consiste à ne pas mélanger des raisins atteint de pourriture noble, avec d’autres atteint de pourriture grise et autre pourriture aigre.
    Je peux dire qu’il devrait y avoir quelques vins de haute qualité, voire de qualité exceptionnelle, mais en quantité très limitée. Ces vins seront dotés d’une vigoureuse acidité.
    Le même phénomène ou presque a été observé à Rust (Burgenland/ Autriche). Les pluies de fin d’été et début d’automne ont eu un impact négatif sur la vendange des vins moelleux.
    Bruno Landauer est assez désespéré par cette vendange représentant moins de la moitié d’une année normale.
    Si les vins blancs secs issus des cépages welschriesling, weissburgunder et chardonnay qui ont été vendangés tôt sont tout à fait correct, ils sont en tout état de cause plus légers qu’habituellement. Leur acidité naturelle est plus élevée que d’habitude.
    Le cépage qui a le plus souffert à notre plus grand regret est le gewurztraminer. Bruno a vendangé 1400 litres au lieu des 6000 litres habituellement…
    Pour l’instant nous n’en parlerons pas plus et vous tiendrons informé de l’évolution du vin.
    Tout comme à Tokaj, un botrytis cinéréa intense lui a permis d’élaborer quelques cuvées de liquoreux avec des acidités incroyables. Du jamais vu pour lui depuis qu’il est à la tête du domaine familial.

    Dans la vallée du Danube, à Vienne et dans le Weinviertel, la vendange se présentait très bien jusqu’à la mi-septembre, mais des précipitations intenses et régulières l’ont particulièrement dégradée et ont entraîné une baisse des rendements considérable. Dans la Wachau, notre ami Gritsch a procédé à des tris drastiques sur les grüner vetliner et les rieslings. On peut s’attendre à quelques jolis vins.
    Notre parcours dans la vallée de la Moselle et dans le Rheingau nous a permis de faire globalement (je ne rentre pas dans les détails) les mêmes constatations. Toujours ce problème des précipitations de début et de milieu d’automne qui ont détruit les espoirs de grands vins de type Auslese par exemple. Notre ami Martin Hautt de Winningen (Moselle des Terrasses) a été obligé de renoncer aux vins d’auslese qui nous attendons désespérément depuis le millésime 2010…

    Après ces nouvelles un peu déprimantes, passons aux bonnes nouvelles !
    La dégustation du millésime 2013 donne globalement toute satisfaction en Europe Centrale.
    Les vins blancs secs 2013 de la Vallée du Rhin, de la Moselle et du Palatinat central sont remarquables chez les bons producteurs.
    Il en est de même dans la plupart des régions en Autriche et en Hongrie. C’est une grande satisfaction pour nous.
    Certains vins du millésime 2013 sont déjà hélas presque épuisés. C’est le cas du gewurztraminer vendanges tardives de Bruno Landauer.