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  • News : 22 juin 2015 : Tour de Sicile œnologique

    Orliénas, le 22 juin 2015,

    Je rentre d’un éprouvant voyage oeno d’une semaine en Sicile, qui m’a permis de ré-actualiser mes connaissances de cette île méditerranéenne extraordinaire, entre Europe et Afrique… C’est mon quatrième voyage dans cette île mythique.

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    En rouge, le tracé du parcours œnologique entre Palermo et Catania du 15 au 20 juin 2015.

    Je vous livre quelques extraits de ce voyage, sous la forme de photos et commentaires.

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    Journée dégustation du 16 juin 2015 au palais baroque « Villa Niscemi » (Palermo) en présence d’une cinquantaine de producteurs.
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    Au domaine Centopassi Libera Terra Mediterraneo. Ce magnifique domaine de la région de Corleone a été replanté dans les années 2000 sur un immense territoire confisqué à la mafia dans les années 80. Grâce à des vignes situées à 600m d’altitude, le domaine produit des vins rouges issus du Nero d’Avola particulièrement aromatiques et vivants.
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    Après la visite de l’intéressant domaine De Gregorio (à Schiacca), nous nous sommes dirigés vers la cité d’Agrigento. Vous voyez dans la photo ci-dessus un vignoble situé exactement au pied de la fameuse Valle dei Tempi (Vallée des Temples). Le 17 juin 2015.
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    Ce chais est une belle adaptation de la modernité au cadre historique d’une ancienne latifundia à Vittoria dans le sud-est de la Sicile. Il s’agit du remarquable domaine Maggiovini. J’ai pu déguster d’excellents et très originaux rouges, issus entre autres, du cépage indigène Frappato, dont un Cerasuolo di Vittoria DOCG2012. Le 18 juin2015.
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    La journée du 18 juin se termine dans le merveilleux domaine Pupillo à Siracusa. Vous voyez le château Solacium, une des résidences siciliennes de l’Empereur Frédéric II (1272-1337, petit-fils du célèbre Empereur Frédéric Barberousse). La réception que nous a fait mon vieil ami Antonino Pupillo, en compagnie de sa fille Carmella et de son fils Sebastiano, a été remarquable. C’est un cadre tout à fait exceptionnel avec un véritable jardin paradisiaque où se pressent des dizaines d’arbres à agrumes divers, sans oublier un énorme ficus magnolia vieux de 250 ans. Belle dégustation de vins rouges issus du Nero d’Avola, mais aussi du Cabernet-Sauvignon. Remarquables vins blancs issus du Muscat à Petits Grains, secs, moelleux (le Pollio) et liquoreux avec le Solacium 2012 et en avant-première le 2014 qui sera mis sur le marché à la fin de l’année.

    D’autres informations sur le Solacium Moscato di Siracusa sont disponibles sur nos pages Solacium 2009, Solacium 2005 et sur le domaine Pupillo ainsi que sur le Pollio Moscato di Siracusa.

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    Deux vieux complices du monde du vin : à droite Antonino Pupillo et Jean-François Ragot, le 18 juin 2015 au Solacium à Siracusa.

  • Vin du mois : Spécial Ruster Ausbruch de collection

    Vin du mois : Mars 2009

    Suite des « joyaux de la Couronne »
    Spécial Ruster Ausbruch de collection

    Cher(e)s ami(e)s oenophiles,

    Notre vin du mois « spécial Vin de Paille » du mois de janvier a été un vrai succès. Il semble que votre implication dans notre gamme soit particulièrement orientée vers ce qui touche à ces vins moelleux mythiques, véritable cœur de chauffe de notre action en faveur des vins rares. Dans cet esprit, j’ai souhaité vous proposer pour ce mois de mars une autre partie de ces joyaux, que sont les Ruster Ausbruch.
    Ce sont de véritables trésors œnologiques que nous vous offrons : uniquement de grands millésimes anciens, arrivés aujourd’hui au sommet de leur maturité, mais qui pourront évoluer encore sur de longues années.

     Peu d’œnophiles, mêmes éclairés savent que c’est à Rust dans le Burgenland autrichien qu’est produit un des plus grands, peut-être le plus grand vin liquoreux au monde , issu de la pourriture noble ou botrytis cinerea.
    La petite ville de RUST est située à 60 kilomètres au sud-est de Vienne, sur les confins austro-hongrois, dans un paysage qui rejette bien loin tous les clichés que l’on peut rapporter un jour d’un voyage dans l’ouest de l’Autriche.
    Nous sommes ici au coeur de l’Europe Centrale, à l’orée de la grande plaine, au bord d’un lac « invraisemblable » : le Neusiedlersee .
    Imaginez quelques instants une espèce peu courante : un lac de steppe de 300 km2 de 7 à 15 Km de large, de 36 Km de longueur, mais d’une profondeur n’excédant pas 1 à 1.5 mètres.

    Vue de Rust depuis les collines surplombant le lac le 7 avril 2008.

    Ces conditions géographiques si particulières (nous sommes ici au point le plus chaud de toute l’Europe Centrale : l’ensoleillement dépasse 2000 heures par an et les précipitations sont en moyenne de 700 mm) sont génératrices d’ un fabuleux micro-climat permettant d’obtenir de la pourriture noble peu ou prou jusqu’à 7 à 8 fois par décade… Un record du monde !
    Ce n’est peut-être pas un hasard, car les meilleurs vignobles de RUST se lovent jusqu’à l’extrême bordure du lac baignant les derniers ceps de vigne…

    Il est surprenant de constater le très lent développement des vins liquoreux botrytisés en France (guère avant 1850) alors qu’au contraire à Rust et à Tokaj on avait bien compris dès le XVIème siècle l’importance des brumes automnales pour la production de ce type de vin.

    Carte historique des vignobles de Rust.

     

    Les RUSTER AUSBRUCH sont probablement avec les Tokaji les plus anciens liquoreux issus de raisins passerillés sur pied de l’histoire européenne du vin.
    La première mention connue est de 1525, soit une cinquantaine d’années avant Tokaj (à 450 Km plus à l’Est).
    Les RUSTER étaient dès le XVIIème siècle reconnus comme si exceptionnels, que l’Empereur lui-même donna à RUST en 1684 le statut de ville libre d’Empire, dispensée de taxes et de droits féodaux.
    C’est à partir de cette époque que les tonneaux des vignerons purent arborer fièrement la lettre  » R  » (comme Rust) marquée au feu.

    Ici, tout évoque la tradition et l’histoire. Les familles de vignerons sont installées pour la plupart depuis le milieu du XVIIème siècle. Elle furent hongroises jusqu’à l’éclatement de l’Empire en 1919 (Hongrie allemande de l’Ouest) puis devinrent autrichiennes.
    Ruster et Tokaji connurent un destin presque commun, mais eu égard à la modestie des surfaces du vignoble de Rust, ce dernier fut peu à peu éclipsé par la formidable ascension du Tokaji et vers la fin du XIXème siècle avec la crise du phylloxera, il avait pratiquement disparu.

    Complanté initialement du cépage hongrois Furmint, (appelé autrefois ici Zapfner) le vignoble renaîtra de ses cendres après la première guerre mondiale avec un choix très vaste de cépages, à la fois indigènes et internationaux.
    Pour tout ce qui touche aux vins liquoreux proprement dit, on utilise aujourd’hui plus spécifiquement les cépages : Chardonnay, Muscat à petits grains, Muscat Ottonel, Sauvignon, Pinot Gris (alias Rülander), Pinot Blanc (alias Weissburgunder), Gewürtztraminer, Riesling, Müller-Thurgau, mais aussi les excellents cépages indigènes Welshriesling, Neuburger et depuis peu à nouveau, le Furmint.
    Le Bouvier quant à lui est à éviter … Je le considère personnellement comme une « usine à sucre » !

    Rust et le lac de Neusiedl en hiver.

    Les vignobles de Rust couvrent environ 500 hectares dont 40% seulement sont consacrés aux vins blancs. Sur ces 200 hectares restants pour les potentiels vins liquoreux, environ une petite centaine sont aptes à produire les plus fins nectars. La forte demande internationale de vins rouges tend à réduire encore la production de ce type de vin.

    Les meilleurs d’entre eux, les crus Greiner, Satz, Unterer Vogelsang , etc… sont situés à l’est de la route des bords du lac et rejoignent ce dernier en pente douce.
    Au temps de la monarchie, c’est à Rust que les vendanges étaient les plus tardives de tout l’Empire. Elles ne débutaient jamais avant le 28 octobre et pouvaient s’étaler sur 6 semaines.
    De nos jours on peut avoir la chance d’apercevoir des vendangeurs jusqu’à Noël, lorsque le vigneron cherche à obtenir le fameux « Eiswein » (vin obtenu à partir du pressurage de raisins gelés).

    Tibor Kovacs, Michel, Robert Wenzel et Jean-François Ragot

    La vendange du raisin permettant d’obtenir le niveau qualitatif requis pour l’Ausbruch, nécessite un moût dont la richesse naturelle en sucre est au minimum de 138° Oechsle ou 27 KMW (environ 320g par litre).

    Un « Trockenbeerenauslese » (TBA) que rien ne différencie d’un Ausbruch, si ce n’est une richesse en sucre naturel encore plus élevée, doit présenter à la vendange un moût d’une richesse minimale de 30 KMW (environ 360g de sucre par litre).

    L’Ausbruch et le TBA doivent provenir exclusivement de raisins confits par la pourriture noble. Toute chaptalisation est prohibée. En France, la chaptalisation est hélas encore autorisée à raison de 2%/vol, même pour les vins liquoreux. Seule la mention  » Vendanges Tardives  » ou  » Sélection de grains nobles  » est la garantie juridique d’une vendange non enrichie.
    Les rendements moyens sont pour les Ausbruch de 400 à 750 litres par hectare.

    Pressurage d'une cuvée de Ruster Ausbruch

    Ce qui fait la spécificité du Ruster-Ausbruch c’est son mode de vinification reposant sur une tradition éprouvée, multiséculaire .
    Bien qu’il y ait un « air de famille » indiscutable entre ce dernier et le Tokaji, la différence réside dans le fait qu’à Rust, ce sont des grappes de raisins « frais » non botrytisées , qui sont ajoutées et assemblées aux grappes complètement confites par la pourriture noble, ceci afin de faciliter le démarrage de la fermentation.
    A Tokaj, ce sont des grains confits par la pourriture noble et le passerillage, vendangés un à un, qui sont mis à macérer, soit dans du moût nature, soit dans du moût en fermentation, soit dans un vin blanc de base.

    A partir de là, la vinification et l’élevage de ces deux vins sont proches.
    Il y a une trentaine d’années, on élevait les Ruster-Ausbruch un peu comme les Tokaji, par de longs séjours dans le bois. De nos jours, on recherche des vins beaucoup plus proches du fruit, grâce à des durées d’élevage courtes.
    Un Ausbruch équilibré doit présenter un taux d’alcool assez élevé (pratiquement entre 12.5% et 14% vol ) avec de 80 à 180 gr de sucres résiduels.

    Macération de grains botrytisés (pourriture noble)

    Jusqu’ à la dernière guerre mondiale, on n’imaginait même pas tenter d’élaborer ce type de vin hors de cette zone de grands crus de Rust. Les choses ont beaucoup changé ensuite et la rive orientale du lac de Neusiedl s’est rapidement couverte de vignes, sur des terres qui n’étaient encore considérées alors que juste bonnes à produire des céréales… (communes d’Illmitz, Apetlon, Podersdorf…etc)
    Grace à un matraquage marketing très élaboré, quelques habiles vignerons ont réussit à s’imposer et à faire croire au monde des gogos que c’était eux qui produisaient les plus grands vins…
    Pratiquant les Ruster depuis 1985 et ayant goûté des millésimes jusqu’au début des années 60, j’affirme haut et fort qu’ ils sont inégalables dans tout le Burgenland.

    Le Ruster Ausbruch est à mon avis un véritable archétype de la sélection de grains nobles , avec une puissance, un « rôti » dû au botrytis , une longueur et surtout une fraîcheur en bouche due à une splendide acidité , que je n’ai quasiment jamais rencontrée dans aucun autre vin de cette catégorie, si ce n’est peut-être dans le Tokaji Impérial de Hongrie.
    Ils sont des vins de très longue garde et la variété des cépages utilisés fait de chacun d’entre eux une authentique rareté et donc un véritable joyau œnologique.

    RUSTER AUSBRUCH WEISSBURGUNDER 1991

    Robe vieil or soutenu.
    Nez fin, aromatique, fruits secs, amandes, raisins de Corinthe.
    Généreux en bouche, rond à gras, avec une acidité bien présente. Belle longueur avec une finale acide très harmonieuse.

    125 grammes de sucres résiduels par litre,
    10,5 ‰ d’acidité,
    13% Alc/Vol.
    Cépage: Weissburgunder (Pinot Blanc) 100%.

    Le millésime 1991 a été considéré à son époque comme une très grande année, grâce à une belle qualité de botrytis intervenu très rapidement sur des grappes sur-mûries. Un taux d’acidité élevé a donné des vins à évolution lente et qui devraient nous régaler encore de nombreuses années.

     

     

     

     

    RUSTER AUSBRUCH NEUBURGER 1991

    Belle robe jaune paille soutenu.
    Nez aromatique, floral, acacias, pommier, agrumes.
    Bonne acidité, léger à généreux, rond, très bon équilibre. Grande garde.

    Ce vin issu du cépage autrichien Neuburger offre aujourd’hui une palette aromatique particulièrement complexe. D’une acidité moins tranchante que celle du Pinot Blanc (alias Weissburgunder) il offre aujourd’hui les charmes d’un grand liquoreux proche de son apogée.

    117 grammes de sucres résiduels par litre,
    8,9 ‰ d’acidité,
    12,5% Alc/Vol.

     

     

     

     

    RUSTER AUSBRUCH GRAUER BURGUNDER 1989

    Le Grauer Burgunder est comme le Rulander une autre dénomination du Pinot Gris. Ce rarissime Ausbruch de la grande année 1989 est un passionnant témoignage d’un des meilleurs millésime des années 80.

    Vin de méditation à déguster devant la cheminée…

    Cette magnifique bouteille reposant dans nos entrepôts depuis 18 ans, il nous a été impossible de retrouver les éléments analytiques d’origine.
    Ne soyons ni plus royalistes que le roi ni intégristes, ils n’empêcheront en aucune manière la dégustation de cette bouteille mythique.

    RUSTER AUSBRUCH WELSCHRIESLING 1993

    Robe jaune or soutenu.
    Très fin, aromatique, fruits confits, poire, abricot, mirabelle, agrumes, ananas.
    En bouche très bel équilibre, vif, gras, généreux. Remarquable persistance aromatique. Grande garde.

     Alcool : 12,1%/vol
    Acidité fixe : 7,5‰
    Sucres résiduels : 90g/L