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  • News : 2 Juin 2015 : Réflexions sur la genèse des « 30 ans de Dionis »

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    Trente ans ! C’est toute une vie ou presque…

    Le 3 juin 1985, notre société était enregistrée au registre du commerce et des sociétés de Lyon.
    En cette fin de printemps 2015, je prends conscience petit à petit que 30 années se sont écoulées. C’est beaucoup pour une petite entreprise artisanale comme la nôtre et je me demande même comment il a été possible de surmonter jusqu’à ce jour tous les aléas et survivre dans un contexte économique assez souvent défavorable.
    Quand je me remémore l’année 1984, qui a précédé la création de Dionis, je cherchais une idée pivot sur laquelle asseoir le lancement de la future entreprise. Je mûrissais en fait alors un projet, plus ou moins latent dans mon esprit depuis la fin des années 70.
    Mon père, qui était une personne avisée m’a donné alors ce simple conseil : « Fais ce que les autres ne font pas !». Merci papa ! Quel superbe conseil, mais si pertinent dans sa simplicité…
    Je suis parti d’un constat : me passionnant pour le vin depuis l’âge de 20 ans, j’avais remarqué que les vins dits «étrangers» étaient le plus souvent sur le marché français d’une qualité pitoyable…
    Mon goût pour la littérature du XVIIIème siècle m’avait régulièrement mis en présence du mythique Tokaji ou Tokay de Hongrie, encensé par les célébrités de l’époque.

    Mais alors, qu’était-il donc devenu en cette fin du XXème siècle ?
    Mes premières recherches en France ne furent pas très encourageantes, ayant trouvé en tout et pour tout, une fois chez un caviste lyonnais, une triste «drouille», sous la forme d’une bouteille portant l’étiquette Monimpex-Tokaji aszu 3 puttonyos 1971.
    En quelques mois, mon opinion était faite : il n’y avait pas de Tokay de Hongrie pouvant revendiquer son appartenance aux joyaux de la couronne des vins historiques de notre vieille Europe. Une seule solution : se rendre dès que possible en Hongrie pour évaluer la situation sur place.
    En juin 1985, étant allé à Bordeaux a l’un des premiers Vinexpo de l’histoire de ce salon, la providence m’a fait rencontrer un jeune homme, Bacsoo Andraas, à l’époque jeune œnologue au combinat des fermes d’état de la région (Tokajhegyalja). Cet organisme qui gérait les 6000 hectares de vignobles de la zone de Tokaj, avait été créé en 1971. Il fût alors décidé d’un voyage en famille pour le printemps suivant.
    En juin 1986, c’est le début de l’aventure au-delà du «rideau de fer» vers l’extrême nord-est de la Hongrie. Il faisait très beau et très chaud en ce début de mois de juin 1986. Ce fût un véritable enchantement d’arriver sur place par la belle soirée d’été du 17 juin 1986.

    La première cave visitée fût la cave Rákóczi Ferenc, grande cave historique située sous le château de Sarospatak.
    Quelle émotion en descendant les degrés qui nous menaient vers les mythiques galeries où étaient alignés des centaines de fûts. Je crois que nous avons trouvé merveilleux ce premier verre de Tokaji Aszu tiré du tonneau par le maître de chais avec son lopo (pipette utilisée en Europe Centrale).
    Je me suis assez vite rendu compte dans les jours qui ont suivi que quelque chose «clochait» dans la très grande majorité de nos dégustations, effectuées dans des caves extraordinaires du nord au sud de la Tokajhegyalja. J’ai découvert assez rapidement, que beaucoup de vins étaient «mutés» à l’alcool à des fins de stabilisation et beaucoup de liquoreux, en fait élaborés à partir de moûts concentrés !!! L’horreur ! Oui, mais à l’époque 30 millions de bouteilles étaient vendues à l’URSS
    Toutefois et c’est fondamental, il y a toujours eu dans ce «maelström» bureaucratique et industriel, une petite proportion de grands vins qui ont échappé au massacre. Ce sont ces vins là, que nous avons réussi au prix d’énormes difficultés (il y avait alors un monopole situé à Budapest, Monimpex) à importer sur le marché français.

    Dionis a été la première entreprise à refaire ce travail de sélection depuis la fin des années trente. Nos vins ont été très bien été reçus par la grande restauration française et suisse ainsi que par l’élite des amateurs éclairés.
    Aujourd’hui encore, je n’ai pas à rougir de la qualité des vins distribués à cette époque.
    Une dégustation privée au début du mois d’avril 2015 a permis de confirmer une fois de plus l’excellence des bouteilles issues de notre vinothèque. Je pense aux millésimes 1975, 1983 et 1988.
    La date fixée communément pour parler de l’avant et de l’après de l’histoire moderne du Tokaji est 1993. C’est le premier millésime qui vit apparaître des vins issus de la nouvelle donne économique des privatisations et du renouveau des pratiques œnologiques.
    Voilà en quelques lignes la genèse de notre épopée du Tokaji, qui a été le point d’appui du développement de notre Maison artisanale.

    Cette relance du Tokaji marque le vrai démarrage de Dionis. Les premières bouteilles ont été vendues sur les marchés français et de la Suisse romande à partir de l’automne 1986.
    J’aurais probablement l’occasion d’approfondir ultérieurement la suite de cette aventure, qui est celle d’une vie consacrée au vin.

    Cordialement,
    Jean-François Ragot