AVRIL 2009


Au coeur de des remparts médiévaux du bourg d'Orliénas,
Jean-François Ragot vous reçoit sur rendez-vous au caveau de Dionis,
pour une dégustation initiatique.

 

Orlienas, le 28 avril 2009,

Cher(e) ami(e) oenophile,

Je reprends mon compte-rendu de voyage du 1er au 13 avril 2009, commencé le 15 avril avec notre "spécial Eiswein 2008".

Mais revenons un peu en arrière. J'ai débuté mon périple par le salon Vinitaly à Vérone du 1er au 4 avril. Comme j'ai déjà eu l'occasion de vous le dire, c'est un moment absolument incontournable pour le monde du vin italien (et pour nous !). C'est la plus importante manifestation au monde de ce type. Durant cinq jours, du jeudi au lundi inclus, 4 200 exposants (95% italiens) sur 80 hectares de superficie, présentent tout ce qui peut compter dans la viticulture italienne. En dépit de la crise actuelle, la fréquentation semble à première vue avoir été satisfaisante. Les premiers rapports remontés des exposants sont plutôt positifs, même s'ils n'hésitent pas à parler d'un certain tassement des affaires.
Je profite toujours de cette manifestation pour voir et revoir mes partenaires historiques. Les conditions sont loin d'être idéales, je le reconnais et il est, c'est vrai, tellement plus agréable de retrouver ensuite nos amis vignerons dans leurs propriétés respectives.

Quelques nouveaux produits ont attiré mon attention cette année.


Le 2 avril 2009. Antonino Pupillo et Jean-François Ragot, avec en arrière-plan, le chateau médieval familial, le Solacium à Siracusa (Sicile).

Mon excellent partenaire et ami Antonino m'a fait déguster sa dernière cuvée de Solacium 2007 (Moscato di Siracusa naturellement doux), qui présente une robe vieil or intense et brillante. La bouche est pleine de "feu", fruitée, concentrée, très marquée par le passerillage et les arômes mielés de raisins de corinthe. Ce vin va prendre naturellement la place du millésime 2005 pratiquement épuisé.

Je n'ai pas voulu manquer non plus l'opportunité d'aller saluer notre ami Rosario Di Pietro, propriétaire du domaine Rudini à Pachino dans l'extrême sud-est de la Sicile. Cette remarquable maison produit entre autres le formidable Moscato di Noto naturellement doux. Le millésime 2008, paré de toutes les graces de la fraicheur et de la jeunesse est entré dans nos entrepôts le 2 avril justement, jour de ma visite à Rosario.

A signaler dans la gamme de chez Rudini : la dégustation d'un remarquable Nero d'Avola 2008 (échantillon de cuve) vendangé tardivement, fruité, complexe, intense, tannique, de belle longueur et dans l'esprit d'un Amarone de la Valpolicella. Décidément, nous ne serons jamais à l'abri des surprises avec la Sicile.


Rosario di Pietro et Jean-François Ragot, le 2 avril 2009.

Au hasard des allées, je suis tombé sur un vieil ami oenologue, Gianni Testa avec qui j'ai eu l'occasion de travailler au début des années 90. Il est toujours responsable de la vinification de la très réputée cave des "Produttori del Barbaresco" dans le Piemont. Nous avions, à l'époque, sélectionné des vins remarquables des millésimes 1982 et 1985.

J'ai été très impressionné par la dégustation (échantillon de foudre) du Barbaresco cru Asili 2005 à la robe pourpre, dense et à la bouche tannique, concentrée et très aromatique. Le vin sera mis en bouteille au mois de février 2010 et j'essaierai de ne pas l'oublier...

Nos pas nous conduisent ensuite sur le stand collectif Trimilli (Piemont) où je retrouve mes deux excellents amis Gianfranco Torelli, grand maître du Moscato d'Asti et Gianluca Viberti, bien connu des amateurs de grand Barolo. Je sais qu'ils sont nombreux...


De gauche à droite : Gianluca Viberti, Jean-François Ragot et Gianfranco Torelli, le 4 avril 2009.

Petite surprise, avec notre ami Torelli qui nous présente un très intéressant Dolcetto d'Asti DOC 2007 de vieilles vignes issues d'un terrain calcaire. Robe grenat, jolie expression d'épices douces au nez. Bouche concentrée et "caressante" avec des tanins doux et un fruité intense. C'est l'intéressante version d'un vin issu d'un cépage autochtone traditionnel du Piemont.

Le vendredi matin 3 avril est consacré en grande partie à la dégustation des vins du groupe Farnese, qui outre les vins des Abruzzes comprend le domaine Vesevo en Campanie et Feudi di San Marzano dans les Pouilles.


De droite à gauche : Davide Ragusa (oenologue), Filippo Baccalaro (responsable oenologie du groupe Farnese) et J-F Ragot, le 3 avril 2009

Dans la très longue dégustation que nous avons faite, je ressortirai pour les vins blancs un bon Pecorino IGT 2008 (Abruzzes) tout en fraicheur, équilibre et vivacité et un délicieux Sannio Falanghina DOC (Campanie) 2008, curieusement plus expressif et mieux défini que le Fiano di Avellino et le Greco di Tufo 2008 (et moins cher !).

Le Montepulciano rosé (Cerasuolo 2008) est très bien réussi avec un fruité éclatant.

Dans les rouges, excellente réussite du Vesevo Aglianico Beneventano IGT 2007 qui présente un caractère équilibré avec profondeur et minéralité. Bonne garde prévisible.

Dans les découvertes toujours, chez Feudi di San Marzano, je note le Salice Salentino DOC 2007 à la robe éclatante, au fruité généreux et à la bouche superbement équilibré. Belle longueur. Très bon produit au remarquable rapport qualité/prix. (Assemblage des cépages Negroamaro et Malvoisie noire).

Dans les nouveaux produits, un Negroamaro Salento IGT 2007 "F". C'est une nouvelle cuvée du domaine à la robe noire, impénétrable mais brillante, au nez raffiné sur le chocolat et le cacao. En bouche, c'est un velours, sans aspérités mais relevé par une présence tannique marquée en finale. Cuvée produite en très petite quantité.

Présentant une alternative au Primitivo di Manduria "Sessantani", le Primitivo di Manduria 2007 de la gamme Sud m'a beaucoup impressionné. La robe grenat est très profonde, le nez est complexe, aromatique et élégant dans un style déroutant pour les habitués des vins de régions plus nordiques.

 

Il y longtemps que je suis à la recherche d'un très bon Moscato di Trani naturellement doux. Cette fois-ci, l'occasion était trop bonne et nous sommes enfin sur le point de référencer un vin.
Trani se trouve dans le sud des Pouilles au bord de la mer Adriatique, dans un cadre merveilleux. La fabuleuse cathédrale blanche, médiévale intégrée au cadre maritime de la ville vaut le voyage à elle seule.

Cliquez pour agrandir.
Cathédrale de Trani.

La tradition du Moscato di Trani remonte à l'époque romaine. Ce vin est cité par Pline et Caton. Il existe en version "liquoroso" (mutée). Il est évident que le vin le plus intéressant est le naturellement doux. Nous avons mis en concurence 4 domaines, la Villa Schinosa, le domaine Torrevento, Rivera et Botta.

Chez Rivera, nous avons dégusté le millésime 2007, millésime un peu juste pour ce type de vin. Il manque de consistance et se révèle décevant, comparé au bon millésime 2006 du domaine.

Chez Torrevento, le millésime 2006 avec 12,5% d'alcool et 90g/L de sucres résiduels nous dévoile un style floral, "digeste", sans la moindre lourdeur. La fraicheur aromatique est très intéressante et démontre une très belle qualité de raisins à la vendange.

Le vin de la Villa Schinosa quant à lui, du millésime 2005 avec 80g de sucres résiduels et 14% d'alcool nous offre une robe vieil or, un nez complexe, très pur aux aromes d'abricots secs. En bouche, c'est dans un style moelleux et coulant totalement différent des deux précédents.

Quant au domaine Botta, le prochain millésime est le 2008. Nous n'avons pu encore le déguster. Ce sera l'objet demain avec notre comité de sélection. Vous serez tenus informés bien entendu du choix final.

Cliquez sur les bouteilles pour les agrandir.

 


De droite à gauche : Don Ferdinando Capece Minutolo, Marguerite et le fils de Don Ferdinando, Corrado, le 3 avril 2009.

Nous en resterons là pour ce jour et terminerons ce compte-rendu la semaine prochaine.

Oenophiles salutations,
Jean-François Ragot.

 

 

Orlienas, le 21 avril 2009,

Cher(e) ami(e) oenophile,

Le temps nous ayant manqué cet après-midi, la seule information intéressante est la mise en ligne du vin du mois consacré à une offre promotionnelle sur une belle sélection de vins blancs secs et moelleux de Riesling de la Moselle allemande.

Nous continuerons, la semaine prochaine, le "debriefing" sur mes dégustations et nouveaux coups de coeur consécutifs à mon tour d'Europe de la première quinzaine du mois d'avril.

Sincères salutations,
Jean-François Ragot.


Orlienas, le 15 avril 2009,

Cher(e) ami(e) oenophile,

Je suis rentré lundi 13 avril de mon périple en Italie et Europe Centrale. Beaucoup d'informations très intéressantes bien sûr.
A tout Seigneur, tout honneur ! c'est du nouvel Eiswein 2008 (vin de glace), vendangé in extremis par Bruno Landauer, dont je veux vous entretenir maintenant.

Début janvier, je vous avais en primeur informé de l'arrivée d'une vague de froid en Europe Centrale fin décembre 2008, qui quoique modérée avait permis à notre ami et partenaire Bruno Landauer de vendanger un eiswein les 29 et 30 décembre 2008. La température est descendue à -7,5°C le lundi 29 décembre et à -8°C le mardi 30 décembre. Je dois dire que plus personne n'y croyait, car nous n'avions plus eu de conditions favorables depuis 2003.
3960 Kg de raisins ont été vendangés (70% de Blaufränkisch, 10% de Cabernet-Sauvignon et 20% de Furmint). Le réfractomètre indiquait au pressurage une richesse de 32,5 KMW (32,5% de sucre en masse volumique). Pour des raisons de sécurité oenologique et afin de maintenir l'acidité volatile à un niveau convenable, les fermentations ont été conduites rapidement, en une quinzaine de jours.
Au final, la quantité récoltée est tout à fait satisfaisante (1400 Litres).
Les éléments analytiques sont les suivants :

Alcool : 10,9%/vol
Acidité totale : 8,9‰
Sucres résiduels : 184g/L

Je dois dire que la dégustation de ce vin le lundi 6 avril dernier est une excellente surprise. La robe est d'un très bel or, le nez du vin est intense avec une jolie palette de fruits à pépins bien mûrs. A ce stade, (le vin est en plein élévage en cuve inox) la bouche est aromatique, équilibrée, bourrée de saveurs fruitées complexes et la longueur du vin est fort agréable.

C'est un produit extrèmement typé, obtenu je le rappelle à partir de 70% du cépage rouge autochtone Blaufränkisch. Le vin devrait être embouteillé au mois de juin prochain et vous sera peut-être proposé très bientôt, en achat primeur à d'excellentes conditions.

Je vous laisse admirer les photos de la vendange et du pressurage, le 29 et 30 décembre 2008.

vendange de l'eiswein 2008

La suite de ce voyage, la semaine prochaine.

Sincères salutations oenophiles,
Jean-François Ragot.