MAI 2008

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Au coeur de des remparts médiévaux du bourg d'Orliénas,
Jean-François Ragot vous reçoit sur rendez-vous au caveau de Dionis,
pour une dégustation initiatique.

 

Orlienas, le 29 mai 2008,

Cher(e) ami(e) oenophile,

Le samedi 10 mai, nous avons essuyé les conditions météorologiques caractéristiques du climat méditerranéen local en cette période de fin d'automne austral : je veux dire, de la pluie et du vent...
Nous avons dirigé nos pas vers un des domaines historiques les plus fameux : Vergelegen, au pieds des Helderberg, près de Sommerset ouest. Le domaine est d'une beauté à couper le souffle, les vins ont un grand potentiel, mais sont hélas "séchés" par des élevages en barriques exagérés. Nous avons dégusté le Chardonnay 2006, qui pourrait à mon avis être tellement meilleur sans son "maquillage" boisé. Le Shiraz 2005, quant à lui présente une robe rubis profond, un nez sur la toréfaction et le fruit noir, un peu compoté. La bouche est de corps moyen avec un assez joli fruité et une bonne longueur. Pas mal ! Quant au Vergelegen rouge 2003, porte-drapeau du domaine, tout est là pour faire un grand vin : sélection des meilleurs raisins, de Cabernet-Sauvignon (76%) de Merlot (18%) et de Cabernet franc (6%). L'élevage de 26 mois en barriques est ambitieux, trop peut-être... On sent la complexité, on perçoit que l'on pourrait avoir à faire à un grand vin, mais hélas, c'est trop... Le vin est à mon avis "séché". Ce défaut, nous le retrouverons un peu partout en Afrique du Sud. Un début de tendance inversée commence timidement à se faire jour, mais il faudra du temps.


La Manor house du domaine Vergelegen, le 10 mai 2008.

Dernière ! Le vin de Constance 2004 est entré dans nos entrepots mardi 27 mai. Nous attendons vos commandes...

Amicales et oenophiles salutations,
Jean-François Ragot.

 

 

Orlienas, le 21 mai 2008,

Cher(e) ami(e) oenophile,

Je viens de rentrer d'Afrique du Sud et particulièrement de la région du Cap où se trouvent concentrés pratiquement tous les vignobles du pays. Je rapporte de ce voyage, bien entendu beaucoup d'informations, que je compte vous "distiller" petit à petit, afin de ne pas vous donner une indigestion...


L'Afrique du Sud est typiquement le pays qui fait la synthèse entre le "nouveau monde" et le "vieux monde" (l'Europe). A partir de 1990, date de la libération de Nelson Mandela, il a entamé une révolution spectaculaire dans tous les domaines. Au niveau viticole, l'Afrique du Sud est passée d'une économie repliée sur elle-même, conséquence de l'embargo, à une économie où 45% du vin est distribué sur le marché international. L'accéleration s'est produite à partir de 1994, date des premières élections libres. Le nombre de domaines est passé en quelques années de 200 à plus de 500.
Dans ce voyage, nous avons fait porter nos efforts particulièrement sur la région de Constantia, noyau originel de la viticulture sud-africaine depuis 1685. Pour des raisons à la fois traditionnelles et climatiques, les vins présentent plus que tous autres, un caractère "européen".
A tout seigneur, tout honneur ! Le premier domaine partenaire dans lequel nous nous sommes rendus est Klein Constantia, à l'origine de la renaissance du mythique Vin de Constance en 1987. Au cours de ce voyage, nous nous y sommes rendus deux fois et je vous propose de prendre connaissance de l'interview que j'ai faite d' Adam Mason, oenologue du domaine depuis 2003. Je l'ai questionné particulièrement sur la vinification du Vin de Constance et sa conception personnelle du produit.

Interview d'Adam Mason réalisée le 13 mai 2008 au domaine de Klein Constantia par Jean-François Ragot.

1 fichier .wmv 27.8Mo (environ 8 min avec ADSL 1Mega/s)



Adam Mason, oenologue du domaine le 13 mai 2008 dans la partie du vignoble dédiée au Muscat, destiné au Vin de Constance.


La "Manor House" début XIXème du domaine Klein Constantia, habité par le propriétaire, Lowell Jooste.

 


Le Riesling Noble Late Harvest 2006
(embouteillé en 0.187L)

Au cours des deux visites que nous avons effectuées au domaine, le 9 mai et le 13 mai, nous avons pu déguster de nombreux vins, dont "Madame Marlbrook" 2006 (assemblage 60% sémillon et 40% sauvignon). C'est un vin fruité, à la minéralité marquée, plutôt bien équilibré.

La dégustation du Marlbrook 2006 rouge (assemblage Cabernet-sauvignon 48%, cabernet franc et merlot) se révèle intéressante. En dépit d'un taux d'alcool naturel de l'ordre de 14.5%, ce vin à la robe rubis profond, présente un caractère classique à la limite de l'austérité, proche des très bons Bordeaux. Ce vin finit avec délicatesse et fraicheur aromatique, grace à une assez bonne acidité.
Le Chardonnay 2007 est dans la lignée des vins de sa catégorie depuis que nous les connaissons (Premier millésime dégusté en 1991 : le 1989). Très européen dans sa conception, il présente une chatoyante et attrayante robe or à reflets verts. Un joli fruit avec une minéralité marquée en bouche. Ce vin devrait, comme ses prédécesseurs, être capable d'une longue évolution. J'ai gouté personnellement récemment un millésime 97 en pleine forme.
Le millésime 2005 que nous avons encore à la vente, a été très apprécié par la restauration. De nombreux sommeliers l'ont situé quelque part entre Puligny-Montrachet et Chablis...

Ce qu'il y a d'un peu triste, c'est que le millésime 2007 sera le dernier de sa catégorie. En effet, les vignes plantées sur un terroir argileux, dans la partie haute du domaine ont été arrachées pour laisser la place au sauvignon, beaucoup plus en vogue actuellement en Afrique du Sud... C'est le marché qui décide !
La parcelle restante de Chardonnay devrait produire à l'avenir un vin beaucoup plus "nouveau monde"... dommage !

Avec Adam, nous avons eu le plaisir de déguster plusieurs lots destinés au Vin de Constance 2008 :
Un lot en cuve vendangé début avril, très aromatique, présentant à ce stade 10-11% d'alcool et probablement 200g de sucre.
Un deuxième lot, fermenté en barrique de 500 L, est beaucoup plus affiné que le précédent à ce niveau. Il présente 14-15% d'alcool et 100g de sucre environ.
Un troisième lot de 2008, fermenté en barrique, présente un nez d'une remarquable finesse (environ 15% d'alcool et 40g de sucre).
Le quatrième lot vendangé en premier, la deuxième semaine de mars, est aux environs de 16.5% en alcool et de 70g de sucre. Tous ces lots seront bien entendu, assemblés pour donner le Vin de Constance 2008.

La dégustation du 2007 en barriques neuves est une surprise. La complexité est beaucoup plus grande que ce qu'on a connu dans les précédents millésimes. Très joli fruit et belle longueur.
Le millésime 2006 quant à lui, présente les aromes terpéniques caractéristiques auxquels nous sommes habitués. Le vin a déjà une certaine maturité d'élevage.
Pour finir cette approche des Vins de Constance "en devenir", le 2005 dont on prépare la mise en bouteilles est tout à fait pléthorique. (très riche en sucre et en alcool, mais avec une belle fraicheur des aromes).

Le millésime 2004 qui démarre sa carrière sera disponible chez Dionis en fin de semaine. C'est le premier du genre vinifié par Adam Mason. C'est un peu différent de ce que nous avons connu depuis 1987 avec le précédant oenologue Ross Gower. Moins massif, ce vin présente une délicate palette aromatique encore imprégnée par le fruit frais. Avec 14.2% d'alcool et environ 130g de sucres résiduels, il est orienté plus vers l'élégance que vers la puissance. Il est une belle démonstration, qu'en matière de style, rien n'est jamais figé. Je suis persuadé que vous l'aimerez beaucoup. Le prix est inchangé par rapport au millésime 2002. Je vous rappelle encore une dernière fois, à toutes fins utiles, qu'il n'y a pas de millésime 2003.

Pour l'instant, Adam n'a pas été en mesure de re-vinifier du Noble Late Harvest de Sauvignon depuis 2005. Les conditions climatiques, qui sont en général excellentes pour l'obtention de vins liquoreux issus de la pourriture noble, n'ont pas été au rendez-vous avec le cépage Sauvignon. En revanche, le domaine a produit une très petite quantité (12 Hl) de Riesling Noble Late Harvest 2006 fermenté en barrique. Ce vin est plus particulièrement issu du passerillage que du Botrytis Cinéréa. Ses caractéristiques sont impressionnantes : 9% d'alcool, 290g de sucres résiduels et 8.5‰ d'acidité. Il a été fermenté à partir de levures indigènes. En bouche, c'est bien entendu, très doux mais la palette aromatique sur l'agrume confit devrait évoluer vers la minéralité caractéristique que présente le cépage sur un grand terroir. Il pourrait y avoir pour Dionis une centaine de bouteilles en 0.375L.

La suite du compte-rendu la semaine prochaine.

Amicales et oenophiles salutations,
Jean-François Ragot

 

 

 

Orlienas, le 6 mai 2008,

Cher(e) ami(e) oenophile,

Dernière news de mon compte-rendu de voyage du mois d'avril. Pour ceux qui veulent accéder aux deux derniers compte-rendus d'avril : archives de Dionis.
D'autre part, le vin du mois (Mai 2008) est en ligne depuis cet après-midi avec un dossier sur le Porto.

Revenons à notre ultime compte-rendu de voyage.
Dernier élément sur l'Italie avec une petite visite à mon vieil ami Gianluca Viberti. Je connais ce garçon depuis début 1993. Il a repris la culture et la vinification du domaine familial et produit de merveilleux Barolo grand cru, qui régalent nos clients depuis le millésime 1989. J'ai dégusté le Barolo Bricco delle Viole 2003 qui fera date dans les grands millésimes du domaine.


Gianluca Viberti et Jean-François Ragot le samedi 5 avril 2008 à Verona.

Lundi 7 avril a été consacré à la route pour rejoindre Rust dans le Burgenland autrichien, étape traditionnelle vers la lointaine Tokaj. A tout seigneur, tout honneur avec la dégustation de la cave de Bruno Landauer.

Vue de Rust depuis les collines surplombant le lac le 7 avril 2008.

Dégustation/sélection chez Bruno Landauer le 7 avril 2008.


Comme d'habitude, tous les blancs secs sont excellents ! J'ai remarqué toutefois, un délicieux Pinot Blanc (Weissburgunder) 2007 concentré, fruité, minéral, élégant et en conclusion fort bien équilibré. (Alcool 13.5%, acidité 6.3‰) Comme j'ai eu l'occasion de vous le dire de nombreuses fois, le Pinot Blanc peut être remarquable dans cette région de l'Europe. Il vous sera proposé prochainement. Dans les rouges, j'ai été très impressionné par la cuvée Prestige Urbarial 2006 composé à partir de 50% de Zweigelt, 40% Merlot et 10% Pinot Noir. Nous aurons l'occasion d'en reparler prochainement. Dans les liquoreux de pourriture noble, le Beerenauslese 2007 (Furmint 50%, Welschriesling 50%) est éclatant de fruité ! Très bon Beerenauslese 2006 (50% Pinot Blanc, 50% Welschriesling). Bref ! J'ai résumé un peu rapidement, mais tout est bon.
Mardi 8 avril, dégustation chez notre ami Georg Lunzer. Très bons blancs secs 2007 également avec un Welschriesling présentant d'étonnant arômes d'agrumes verts. Un vin de soif de 11 % d'alcool/ vol comme on ne trouve hélas pas ou plus en France depuis longtemps. Les rouges 2007 sont particulièrement bien constitués (Sankt Laurent et Zweigelt). Le clou du spectacle revenait bien sûr à la dégustation du Strohwein-vin de paille Cabernet-Sauvignon 2007 (550 litres) dont je ne peux m'empêcher de vous présenter en avant-première la délicate robe rubis. Nous le mettrons en bouteille vers le mois d'octobre, car rien ne presse cette année.


Strohwein vin de paille Cabernet-Sauvignon 2007. Georg Lunzer.

Pour terminer, un petit mot sur Tokaj où je suis resté cinq jours. J'en ai profité pour "finaliser" notre cuvée de Chateau Sarospatak 6 Puttonyos 2002 qui prendra la suite du 6 Puttonyos 1999. A noter également, une grande satisfaction pour notre cuvée Chateau Sarospatak Muscat vendanges tardives 2007. Avec ce millésime, nous allons enfin arriver à une récolte quasi normale (environ 10HL pour un peu plus d'un Ha...). Je vous parlerai ultérieurement plus longuement de Tokaj.

Je serai en déplacement en Afrique du Sud, du 8 au 19 avril. J'aurais certainement beaucoup de choses à vous dire à mon retour. La prochaine mise-à-jour du site est prévue pour le mercredi 21 mai.

Amicales et oenophiles salutations,
Jean-François Ragot