AVRIL 2008

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Au coeur de des remparts médiévaux du bourg d'Orliénas,
Jean-François Ragot vous reçoit sur rendez-vous au caveau de Dionis,
pour une dégustation initiatique.

 

Orlienas, le 30 avril 2008,

Cher(e) ami(e) oenophile,

Je reprends notre compte-rendu de voyage du 2 au 14 avril 2008.

Dans le style des vins hors-normes, extérieurs à la culture française, l'Italie nous offre un panel passionnant de rouges naturellement doux, soit surmaturés sur pied, soit élaborés à la manière des vins de paille. Dans cet esprit, je noterai la dégustation d'un très intéressant Recioto della Valpolicela Classico 2006.

Le secret de ce vin réside dans le passerillage (séchage sur lits de paille ou claies) des raisins autochtones de la région : Corvinone, Rondinella, Corvina auxquels peuvent s'ajouter parfois un peu de Sangiovese et de Barbera .

La grappe parfaitement saine et mûre à la récolte ne doit souffrir d'aucun défaut. La moindre détérioration au cours du passerillage entraîne son élimination. La durée du processus est d' au moins trois mois avec une perte de volume de 50% à 75%. Il est à noter que des Recioto à « petits prix » sont élaborés grâce à un séchage des raisins en 3 jours dans des étuves munies de ventilateurs…(No comment !)

Au cours du processus de passerillage, on obtient bien entendu une concentration des extraits secs, du sucre et de l'acidité.

Un Recioto dont la fermentation est poursuivie jusqu'au bout devient un Amarone.

La robe de ce Recioto della Valpolicela Classico 2006 est magnifique, grenat sans évolution. Le bouquet est complexe, floral, épicé, balsamique. La bouche se révèle très fruitée sur le fruit noir à peine légèrement compoté, concentrée avec des tannins d'une grande finesse. Ce vin devrait être un idéal accompagnement d'un dessert au chocolat noir peu sucré.

 

Mais changeons de région, et passons maintenant en Toscane, à la Fattoria di Basciano, producteur de vins rafinés dans la zone des Chianti Rufina. Nos clients fidèles ont déjà eu l'opportunité de déguster les excellents millésimes 2003 et 2004.
La dégustation du Chianti Rufina Fattoria di Basciano 2006 (95% Sangiovese et 5% Colorino) révèle comme d'habitude un vin élégant et très équilibré. Le terroir parle ! La fattoria di Basciano produit une gamme vraiment passionnante avec également un Chianti Rufina Riserva Fattoria di Basciano 2005 à la robe noire, au nez riche, complexe et légèrement toasté, à la bouche concentrée, légèrement boisée et de belle complexité. (93% Sangiovese et 7% Colorino). Belle garde prévisible.

Autre vin du domaine : la cuvée Fattoria di Basciano Vigna Il Corto 2006 IGT , Rouge ambitieux, élaboré à partir de 90% de sangiovese et 10% de Cabernet-Sauvignon. La robe est grenat, presque noire, impénètrable, le nez présente des nuances toastées, intégrées à un fruit noir très mûr. La bouche est concentrée avec une jolie palette aromatique et une structure tannique encore un peu sévère à ce stade d'évolution. Belle garde prévisible.
Enfin, la cuvée dénommée Fattoria di Basciano Ipini 2006 (IGT Rosso dei Colli della Toscana Centrale) est une démonstration convaincante de l'excellente adaptation à cette région des cépages rouges internationaux. En effet, ce vin est un assemblage de Cabernet-Sauvignon, Merlot et Syrah à parts égales. La robe est grenat très profond, le bouquet du vin est voluptueux, légèrement toasté , mais quelle élégance ! La bouche, de grande ampleur est très fruitée, démontrant un élevage réussi. Vin vraiment délicieux !

Chianti Rufina DOCG 2006
Chianti Rufina DOCG Riserva 2005
Il Corto IGT 2006
I Pini IGT 2006

Un petit tour par le Val d'Aoste m'a permis de saluer mon vieil ami (nous nous connaissons depuis 1985) Vincent Grosjean. Il est véritablement l'âme de cette région viticole et il a beaucoup oeuvré pour la qualité de ses vins. Dans les bonnes années, il élabore une délicieuse Petite Arvine et un très agréable Pinot Noir. Je ne resiste pas à l'envie de vous le montrer avec sa jovialité coutumière le 5 avril 2008.


Vincent Grosjean, vigneron du Val d'Aoste.

 

Pour finir ce compte-rendu italien (non exhaustif d'ailleurs), une mention spéciale pour un vin naturellement doux remarquable, issu du cépage Muscat à Petits Grains vendangé tardivement, le Moscato di Trani. Cette appellation, située dans les Pouilles (Italie du Sud) présente un grand potentiel qualitatif, qui selon les producteurs peut approcher l'excellence. J'ai dégusté, entre autres, les vins du domaine Rivera. La cuvée 2006 m'a parue fort intéressante, présentant une robe viel or très brillante, une agréable et complexe palette aromatique au nez et une bouche équilibrée, puissante avec beaucoup d'allonge. (70g/L sucres résiduels, 14% alcool, 5,7‰ acidité).

Notre prochaine mise-à-jour interviendra le mardi 6 mai et marquera la fin de ce compte-rendu de voyage.

Oenophiles salutations et bonne fête du 1er mai.
Jean-François Ragot

 

Orlienas, le 22 avril 2008,

Cher(e) ami(e) oenophile,

Nous reprenons notre compte-rendu de voyage commencé le 16 avril.
Pour terminer la dégustation chez Feudi di San Marzano, notre ami Mauro nous a fait découvrir la version 2007 de l'Aleatico. Cette année, il portera la dénomination Aleatico di Puglia DOC.
Ce vin, à la robe grenat profond, présente un nez sur le fruit rouge très compoté, avec une "puissance irrésistible". Comme vous le savez peut-être, cette région de l'Europe a connu un été 2007 très chaud. La sucrosité est un peu inférieure à celle du millésime 2006 mais la puissance alcoolique un peu supérieure. Les deux conjugués donnent un vin différent, mais particulièrement délicieux également.

Un autre vin fort intéressant, appartenant à la famille des vins rouges naturellement doux est le Primitivo di Manduria surmaturé. J'ai eu le plaisir de déguster deux versions très intéressantes au domaine Agricola Pliniana :
La version Due Mari 2004 présente une robe profonde, très peu évoluée. Le nez est fruité, précis et de bonne complexité. En bouche, le vin surprendra agréablement les amateurs même peu où pas habitués à déguster des vins rouges naturellement doux. Il n'y a aucune lourdeur et toujours une certaine fraicheur aromatique. L'équilibre de ce vin est de 13% en alcool, + 3.5% en sucres résiduels (65g/L).
La version "supérieure" Dolce Suavis 2004 est tout à fait excellente, encore plus puissante et plus riche, avec un équilibre de 13% alcool, +4.5% de sucres résiduels (76g/L).
De véritables vins culturels, mais auxquels on s'habitue très bien...

La dégustation des vins chez Vigneti Zabù permet de mesurer encore les efforts entrepris pour porter la qualité le plus haut possible. Les blancs sont intéressants, surtout l'Inzolia 100% IGT qui présente, en dépit du climat, un fruité très élégant et une belle fraicheur, le taux d'alcool ne dépassant pas 12.5%. Tout comme l'an passé, la dégustation des rouges est convaincante (Nero d'Avola IGT 2007 100%, Syrah 2006 et mon préféré l'assemblage Nero d'Avola / Merlot 2006). La robe est rubis foncé, presque grenat, très joli nez, fin et complexe, proche dans l'esprit du 2005 avec un peu moins de boisé encore. En bouche, l'équilibre est une réussite. Je ne peux que vous recommander chaudement le 2005 presque épuisé et bien entendu le 2006 qui sera disponible dans quelques temps.

Nous poursuivons notre périple, au domaine Pupillo (Siracusa - Sicile).
Intéressante dégustation du Moscato di Siracusa Pollio 2005 (14.5% d'alcool et 40g de sucres résiduels). Le muscat à petits grains s'exprime avec une forte identité minérale sur ce terroir historique d'exception. Je souris encore en pensant à la surprise de quelques uns de nos amis sommeliers qui attribuaient cette minéralité au "bouchon".... La bouche est très équilibrée avec une acidité toujours surprenante pour ces vins de l'extrème sud de l'Europe.

La dégustation du Solacium 2007 (Moscato di Siracusa) est encore plus convaincante peut-être : la récolte a été effectuée à l'extrème fin d'août, début septembre. Le millésime est marqué par un rendement très faible, dû à la canicule (700g de raisin/pied !) La robe du vin est vieil or avec de slendides reflets verts. Le nez est délicat et laisse percer cette minéralité si caractéristique qui fait l'originalité de ce terroir. La bouche est à l'image du nez, toute en finesse et subtilité avec une très belle longueur. L'équilibre du vin se situe à 14.8% d'alccol, 90 g de sucres résiduels et une acidité d'environ 5‰.


De droite à gauche : Carmella Pupillo, l'oenologue du domaine Salvatore Martinico et Marguerite.

Restant en Sicile, c'était l'opportunité de passer au domaine Rudini, producteur du fameux Moscato di Noto. Le propriétaire du domaine, monsieur Di Pietro est un sicilien à l'état chimiquement pur... Le domaine est situé dans la commune de Pachino à l'extrème sud du pays. Ce qu'il y a de vraiment étonnant dans les meilleurs vins de l'Europe du sud, c'est leur fraîcheur, souvent supérieure à beaucoup de vins élaborés dans des conditions plus septentrionales : j'en veux pour preuve un très bon rosé à 90% de Nero d'Avola dans l'esprit fruité et caressant, sans aucune lourdeur, un remarquable Chardonnay 2007 issu de vignes de cinq ans au fruité et à la délicatesse inattendus. Délicieux !
Le Moscato de Noto 2007 semble presque une copie des 2005 et 2006, tant la régularité de ce vin naturellement doux magique, est grande. Le seul problème qui donne lieu à quelques discussions animées est la tendance à l'inflation de son prix...


De droite à gauche : M. di Pietro (le propriétaire), Giuseppe Bono, Marguerite et Jean-François Ragot.

Nous poursuivons par deux autres domaines siciliens qui nous ont impressionné par la qualité de leurs vins : le domaine des Princes de Spadafora à Palermo avec un excellent blanc sec 2007 (Alhambra - Monreale Bianco DOC) issu des cépages Inzolia et Catarratto, un rouge vineux, fruité et tannique (Monreale DOC Syrah 2006) et enfin un merveilleux blanc sec 2007 issu à 100% du cépage autochtone Grillo (Sicilia IGT). La robe est presque incolore, la finesse, la subtilité du nez n'ont d'égales que l'équilibre en bouche de ce vin racé au caractère aristocratique.

Autre domaine remarquable assez proche de Palerme aussi l'Abbazia Santa Anastasia. Large gamme de vins blancs et rouges qui joue au mieux le jeu des cépages autochtones et des assemblages avec les cépages internationaux. Je citerais, un très bon Grillo 2007 également, un Nero d'Avola 2006 (Contempo) et un intéressant Nerello Mascalese 2006 (le cépage cultivé principalemnt sur le volcan Etna) à la robe très claire, au fruité caressant mais à la bouche étonnament tannique. Un vrai vin culturel !

Sur ces bonnes paroles, nous en restrerons là, si vous le voulez bien, pour ce soir.

Oenophiles salutations,
Jean-François Ragot.

 

 

Orlienas, le 16 avril 2008,

Cher(e) ami(e) oenophile,

Beaucoup d'informations après ces treize jours de périple en Europe. Tout ne figurera pas dans les news de ce 16 avril, la suite sera pour la semaine prochaine.
Nous avons commencé bien sûr par l'incontournable Salon international du vin Vinitaly, qui se tient tous les ans début avril à Verona.
A tout seigneur, tout honneur ! La Maison Farnese dont l'activité débordante et l'imagination sans limites nous entraine d'année en année vers des concepts novateurs du vin.
Si l'Italie connait elle aussi de temps à autres quelques retentissants scandales du vin (le dernier est en cours...) cela ne remet nullement en cause sa vision de la qualité, du marketing et de la création, à mon avis unique dans le monde international du vin.
Tous les vins qui ont été dégustés chez ce producteur, qui étend son influence en Campanie (domaine Vesevo), dans la Puglia (Feudi di San Marzano), en Sicile avec Zabu et prochainement en Sardaigne, sont impeccables. Le grand maître des cérémonies de ce succès est l'oenologue Filippo Baccalaro.


Filippo Baccalaro entouré de Rocco et de Marguerite le 3 avril 2008.

La dégustation des blancs 2007 est un régal d'équilibre, de concentration et de fraicheur aromatique. Je citerais entre autres, un intéressant IGT (Indicazione Geografica Tipica) Passerina 2007 (autochtone des Abruzzes), un superbe Fiano di Avellino (Vesevo - Campanie). Il est, d'années en années, de plus en plus brillant et équilibré. Toutes les grandes tables françaises qui nous ont fait la confiance de le référencer, en ont été enchantées. Je voudrais faire une mention également pour le Pinot gris IGT de la gamme Farnetto. Il est fin, subtil, équilibré et doté d'une jolie matière.

Pour les rouges, les 2007 présentent une richesse encore inégalée. Les San Giovese IGT, les Montepulciano DOC et les "Don Camillo" IGT sont au top de leur potentiel.
Une surprise avec la découverte du "Mélange" Rosso 2005 IGT Irpinia (Campanie). C'est probablement après le fameux Edizione, le plus grand vin réalisé par le groupe. Il s'agit d'un assemblage des trois cépages autochtones Piedirosso, Aglianico et Sciascinoso. Présentant une robe presque noire et insondable, ce vin offre un nez riche et concentré vraiment impressionnant ! La bouche, spectaculaire, conserve en dépit de sa puissance une indéniable fraicheur aromatique.
Ce vin est le prototype de "l'imagination au pouvoir" que je loue sans réserves dans le monde des grands vins italiens modernes. Il démontre de manière indubitable, que rien n'est figé et qu'il est parfois stérilisant de demeurer coincé dans le carcan limité du monde des appellations d'origine. Je les respecte certes au plus haut point, mais elles ne devraient jamais être une entrave à l'audace créatrice.

Les vins de Feudi di San Marzano (Puglia) sont tout aussi convaincants. Permettez moi de citer : dans la gamme Sud le Primitivo Merlot 2007. C'est un mariage parfait entre un cépage autochtone, le Primitivo et un cépage international, le Merlot. La robe est d'un grenat profond, le nez brillant et généreux. En bouche, c'est proprement délicieux avec un fruité délicat, de la concentration et en prime de l' équilibre ! Que souhaiter de plus dans un vin du sud de l'Europe et qui plus est d'un excellent rapport qualité/prix ?

La Malvoisie noire pure est également une surprise. Il est rare que ce cépage soit utilisé en dehors d'assemblages. La palette aromatique est d'une complète originalité. La robe est grenat, le nez est sur un fruité "doux" et "cajoleur". C'est particulièrement complexe et inhabituel. La bouche est fraîche malgré la puissance du vin. Elle présente des aromes balsamiques et une palette d'épices doux. C'est un vrai vin construit sur une recherche esthétique.

Sur ces bonnes paroles, nous en restrerons là, si vous le voulez bien, pour aujourd'hui.

Sincères & oenophiles salutations,
Jean-François Ragot.

 

Orlienas, le 1er avril 2008,

Cher(e) ami(e) oenophile,

Pour les amateurs, et ils sont d'ailleurs plus nombreux que le nombre de bouteilles disponibles, j'ai eu la confirmation par le domaine cet après-midi, que le Hamilton Russell Chardonnay 2007 (Afrique du Sud) ne sera pas disponible sur le marché international. La raison invoquée, est un problème oenologique qui risque de rendre le vin instable...
C'est la première fois depuis 1991 qu'un pareil incident se produit. J'en suis vraiment désolé pour tous nos clients amateurs et restaurateurs qui comptaient sur ce vin. Il nous faudra, par conséquent, attendre le millésime 2008 qui a été vendangé il y a peu.
Je suis personnellement en déplacement professionnel sur l'Italie et l'Europe centrale du 2 au 14 avril.
La prochaine mise-à-jour de notre site interviendra le 16 avril.

Sincères & oenophiles salutations,

Jean-François Ragot