NOVEMBRE 2007

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Au coeur de des remparts médiévaux du bourg d'Orliénas,
Jean-François Ragot vous reçoit sur rendez-vous au caveau de Dionis,
pour une dégustation initiatique.

 

Orlienas, le 20 novembre 2007,

Lundi 29 octobre, direction la Hongrie en passant bien entendu, au préalable, chez mon excellent ami et partenaire Georg Lunzer. Ce fût bien sur l'occasion de jeter un coup d'oeil approfondi aux raisins Cabernet-Sauvignon qui sont en train de sécher paisiblement dans son grenier. Je vous rappelle que les raisins ont été vendangés le 21 septembre avec un excellent état sanitaire. Les peaux sont épaisses, ce qui est un gage prometteur pour l'évolution du sèchage des raisins. Nous sommes passés ensuite à la dégustation des différents produits élaborés au cours de cette année à grands contrastes. L'été fût très chaud, avec très peu de pluies. La première décade de septembre a été en revanche relativement arrosée. Je noterai pour les vins blancs un remarquable Pinot Blanc 2007 vendangé à 18.5 KMW (18.5% de sucres en masse volumique). Ce vin issu d'une agriculture bio, sans aucune chaptalisation présente une robe très claire, un nez très fruité et de bonne complexité. En bouche, c'est complexe et aromatique. Ceci confirme les grandes possibilités du cépage Pinot Blanc, appelé aussi Weissburgunder, dans cette région de notre vieille Europe.
(Voir VIDEO, 120 Mo)

Dans les rouges, j'ai particulièrement remarqué un Sankt Laurent 2007 à la robe rubis et à reflets violets. En bouche, c'est fin et délicat comme un excellent Pinot Noir. Le Merlot 2007 à la robe grenat très profonde est comme d'habitude absolument excellent, aromatique, équilibré et puissant (21 KMW soit 21% de sucres en masse volumique).
Georg nous a préparé d'excellent Knödel aux pommes de terre fourrés au jambon. Un vrai régal ! Nous sommes prêts à affronter la route vers Tokaj. Les contrôles à la frontière se sont considérablement allégés, en vue de leur suppression totale le 21 décembre, avec l'intégration dans l'espace européen Schengen.

A Tokaj, les vendanges, commencées cette année le 25 août, continuent et ceci pour deux semaine encore. La dégustation de l'eszencia est comme toujours particulièrement instructive. En effet, consécutivement à la canicule, on enregistre des acidités basses. Par exemple, j'ai dégusté des eszencias avec environ 8.5‰ d'acidité alors qu'en 2005 et 2006, elles variaient entre 20 et 25‰ ! C'est par conséquent un millésime "complexe" et je laisse la parole à mon ami Nicolas, consultant et oenologue pour nous résumer la situation.
(voir VIDEO , 70 Mo)

Le retour vers l'ouest s'est effectué les 4 et 5 novembre via Rust où j'ai pu me forger ma première impression de la vendange 2007. Tout est bon ! les blancs secs avec cette année une préférence pour le Chardonnay. Pour les liquoreux, le botrytis est arrivé vite, dès le début septembre. Les premières pluies se sont manifestées les 24 et 25 août. Une botrytisation rapide est en général le gage d'une excellente qualité de liquoreux.
En partant des moins riches vers les plus riches,à noter, un éclatant Gewürztraminer 2007 vendangé à 21 KMW (soit 21% de sucres en masse volumique), un passionnant Beerenauslese 2007 vendangé à 27.5 KMW (soit 27.5% de sucres en masse volumique) élaboré à partir de 60% de Furmint et 40% de Welschriesling. Excellente acidité, équilibre parfait : une future bouteille de légende de chez Dionis.
Enfin, plusieurs cuvées d'Ausbruch vendangées les 11 et 12 octobre. Il existe 1 000 litres de Weisburgunder à 38.5KMW (soit 38.5% de sucres en masse volumique). On peut estimer que le vin devrait in fine présenter environ 280g de sucres résiduels et 8 ou 9% d'alcool/vol.

A noter, qu'il est impossible eu égard à la botrytisation intense des raisins à Rust, d'espérer vendanger un Eiswein cette fin d'année. En effet, nous avons utilisé les raisins Furmint pour l'élaboration du Beerenauslese. Le dernier Eiswein demeure pour l'instant le 2003. C'est regrettable car les conditions météo de cet automne, beaucoup plus fraiches, peuvent laisser envisager un coup de froid d'ici Noël.

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Sincères salutations oenophiles,
Jean-François RAGOT.

 

 

 

Orlienas, le 14 novembre 2007,

Nous reprenons le compte-rendu de notre voyage :

Une fois quittée la Moselle au niveau de Koblenz, nous avons traversé le Rhin pour passer sur la rive droite de ce fleuve majestueux. La route en direction du sud est absolument superbe. Nous sommes au coeur du Rhin romantique et de ses légendes. Cette région que l'on appelle le Mittelrhein est une zone viticole de 465 Ha où le riesling règne pour 68% des surfaces. Les vignobles sont particulièrement pentus et difficiles à exploiter.

Je voudrais signaler un magnifique domaine de 11 Ha, le domaine Weingart à Spay. Grande réussite du millésime 2005, avec notamment un Bopparder Hamm Ohlenberg riesling Spätlese trocken et un 2005 Schloss Fürstenberg riesling spätlese moelleux. Ces deux vins expriment au mieux ce difficile et remarquable terroir.

Arrivés plus au sud, au niveau de Assmannhausen, le Rhin se met à couler d'est en ouest. Cela signifie par conséquent que les vignobles sont plantés sur des collines exposées plein sud. C'est la fameuse région du Rheingau pour laquelle j'ai toujours eu un petit faible, du moins depuis 1972, date à laquelle, encore étudiant, j'étais venu m'initier au vin dans un très fameux domaine (Weingut von Ötinger). J'avais à l'époque, complètement profane encore, découvert des vins extraordinaires très éloignés des critères français du moment. Le baron Eberhardt Ritter Und Edler von Ötinger, de vieille noblesse et d'un caractère fort trempé, (il avait passé dix ans de captivité en Russie de 1945 à 1955) m'avait alors confié des responsabilités qui sur le moment dépassaient largement mes compétences... Mais j'avais beaucoup appris et participé in fine, avant de rentrer en France à l'extraordinaire vente aux enchères du domaine d'Etat de Kloster Eberbach où j'avais pu déguster d'illustres flacons des plus grands vins du Rhin, dont certains datants du début du XXème siècle. Expérience inoubliable pour un jeune homme et qui n'est certainement pas étrangère à la création de Dionis en 1985.

Mais revenons à nos moutons !
J'ai profité, bien entendu, de mon passage dans le Rheingau pour rencontrer mon partenaire de la petite cave coopérative d'Erbach. Je citerais un excellent Erbacher Kabinet Michelmark 2006 riesling trocken au nez frais et citronné, à la robe claire et à la minérailté marquée. A signaler également un délicieux Erbacher Honigberg spätlese riesling feinherb 2005. (Alcool : 12%/vol, acidité : 7.5‰ et 10.8g/l de sucres résiduels) aux arômes terpéniques bien marqués.
A noter aussi dans un village voisin (cave de Hallgarten) un très intéressant moelleux de vendanges tardives Hallgartener Jungfer Riesling auslese 2005. Ce vin à la robe jaune citron, est d'un parfait équilibre en bouche entre une acidité rafraichissante, un fruité raffiné et délicat et une finale en dentelles où commence à percer la minéralité.

Du Rheingau, direction la Franconie et ses vignobles (le long de la vallée du Main). Ce sont 6 072 Ha à 81% plantés en cépages blancs, qui s'étendent de part et d'autre de la vallée du Main entre Aschaffenburg à l'ouest et Bamberg à l'est. Ici, le Sylvaner détrône le Riesling, particulièrement à Würtzburg en plein coeur de la zone, au sein du vignoble historique de Stein, qui domine la ville. Je mettrais une mention toute particulière au Weingut am Stein qui sur un terroir calcaire produit quelques uns des vins blancs les plus fins de la Franconie (entre autres , le 2005 Stettener Stein Silvaner spätlese trocken).

J'ai été impressionné aussi par le Weingut schloss sommerhausen, qui dans ce petit village à quelques km au sud de Würtzburg, dans un cadre idylique, produit sur 28 Ha de superbes silvaners, des rieslings minéraux et des pinots blancs (Weisser Burgunder) de grande puissance. Mais il fallait s'arracher aux vignobles et après une visite bien méritée à Bamberg et à Regensburg, où j'ai sacrifié au rituel de la "Bière blanche", j'ai vite rejoint Vienne et ses vins blancs secs. C'est l'époque où l'on peut déjà déguster les vins du millésime 2007, terminés mais troubles que l'on appelle "Staubiger". C'est vraiment un régal, sans cérémonies, qui récompense au centuple des fatigues du voyage.
La suite, la semaine prochaine...

Jean-François Ragot

Ne manquez pas de visiter le "Vin du Mois" (Novembre 2007) valable jusqu'au 30/11/07.

 

 

Orlienas, le 7 novembre 2007,

Le 24 octobre, je me suis mis en route dans notre vieille Europe pour un voyage de treize jours, qui m'a conduit tout d'abord en Allemagne, dans la vallée de la Moselle, puis dans le Mittelrhein et le Rheingau et enfin la Franconie (partie la plus au nord du land de Bavière).
Quelques éléments généraux sur le vignoble allemand pour commencer :
Superficie totale : 102 000 Ha répartis sur 13 grandes régions. Il y a 63% pour le vin blanc et 37% pour le vin rouge, ce dernier en forte augmentation depuis une quinzaine d'années.

Pour ce qui concerne la Moselle, qui formait jusqu'à présent une vaste région viticole englobant également administrativement la Saar et la Ruwer, la surface viticole est de 9 080 Ha. La production est à 91% vouée au vin blanc, dont 58% de Riesling. Les vignobles sont plantés sur des sols de schiste et d'ardoise aux pentes souvent vertigineuses. Quelques photos seront plus parlantes qu'un long discours.

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J'ai eu l'opportunité de déguster quelques excellents vins en Moselle centrale au domaine Grans Fassian à Liewen, notamment un superbe Trittenheimer Apotheque riesling spätlese sec vieilles vignes 2006 à la robe "paille dorée". En bouche, minéralité, arômes de fruits à pépins, belle matière, très longue finale.

La grande surprise concernant les vins de la Moselle est un changement complet de style. Autrefois, les rieslings mosellans étaient souvent des vins certes délicats, mais fluets. La dilution règnait hélas en maître dans cette région. La prise de conscience des bons viticulteurs allemands, liée à de spectaculaires changements climatiques, permet maintenant la production de vins riches, concentrés, merveilleusement fruités et minéraux, dont la puissance n'a rien à envier aux plus typés des vins de la vallée du Danube, dans la Wachau en Autriche. Toutes les conditions sont réunies maintenant pour offrir l' expression peut-être la plus accomplie du roi Riesling.

Un deuxième vigneron a retenu mon attention : le domaine Paulinshof à Kesten en Moselle centrale : un Brauneberger Juffer Sonnenuhr Riesling spätlese trocken 2006 présente toutes les caractéristiques d'un Riesling fin, subtil et minéral. Mais la dégustation du Brauneberger Kammer Auslese trocken Riesling 2006 est une véritable révélation : la robe est dorée et brillante. Au nez très typé, au bouquet subtil et profond, dominent les agrumes fins, le zeste de citron et une fraiche minéralité. En bouche, c'est la délicatesse, la fraîcheur, la subtilité enveloppée dans une puissance contenue mais bien présente. Très jolie longueur, aucun excès d'alcool, bref un régal !

La journée s'est terminée par une visite au Weingut Richter à Winningen. Nous sommes ici dans la Moselle des terrasses où règne presque exclusivement le Riesling. On y produit des vins puissants, minéraux et concentrés. Je noterai particulièrement un Uhlen Spätlese sec 2006 dans l'esprit d'un très bon Riesling Smaragd de la Wachau, un "Vulcanus" Spätlese Feinherb 2006, un remarquable moelleux : Winninger Brückstück Kabinett 2006 présentant un excellent équilibre acidité/alcool/sucres. Enfin, un Röttgen Spätlese Alte Reben 2006 (95.4 grammes de sucres, 8.8‰ d'acidité et 10% d'alcool) pur, ferme, très fruité, destiné à une longue évolution.

Ce sera tout pour ce soir; la suite la semaine prochaine.

Salutations oenophiles.
Jean-François Ragot