|
Orliénas le
10/05/04
Cher(e) ami (e) oenophile,
Je profite d’une légère
accalmie dans mes préparatifs de voyage en Afrique australe pour vous
adresser quelques nouvelles de nos activités.
Cet hiver a été marqué
par la morosité ambiante.
Vous avez dit Crise ?
Dans la foulée du ralentissement général de l’après 11
septembre 2001, le mot « Crise » est sur toutes les lèvres de la filière
vin. La douche est particulièrement « froide » dans le petit monde du
vin français. Après avoir cru dans le dogme intangible, selon lequel le
vin français est le meilleur du monde, les vignerons hexagonaux se
réveillent avec une méchante gueule de bois. L’érosion des ventes sur le
marché intérieur, due à une forte diminution de la consommation (effet
Sarkozy et loi Evin) est particulièrement brutale. On observe une chute de
la consommation du vin dans la restauration de l’ordre de 20%. La
situation des ventes de vins français sur le marché international, est
encore plus préoccupante. En 2003, la baisse est de 9% sur les AOC. Nous
ne disposons pas encore des chiffres pour les 4 premiers mois de 2004,
mais c’est une tendance lourde qui s’accentue… Le constat est sans
appel : on a fait « pisser la vigne » sans vergogne, les rendements
excessifs ayant pour corollaire la sinistre chaptalisation, sans
modération aucune, celle là… Il est de notoriété également, que les
commissions d’agrément des AOC, ne sont souvent que des « pantalonnades »
où se traitent les agréments de copinages, sans oublier l’agrément social
: « Ah le pauvre ! il a quatre enfants, vous ne pouvez pas lui déclasser
sa récolte… » Bref, les faits sont têtus et les résultats sont là : 20%
des AOC sont à la limite de l’imbuvable, et 30 % à la limite de la grande
médiocrité. C’est beaucoup pour un pays qui s’honore de produire les plus
grands vins du monde. Toutefois, au moment où j’écris ces lignes, une
lueur d’espoir apparaît : Une grande réforme des AOC est en discussion.
Monsieur René Renou, Président du comité vins de l’INAO pense qu’il faut
réécrire les décrets, jugés « trop souvent incomplets et peu lisibles
»… L’INAO veut instaurer une plus grande transparence sur « les
pratiques œnologiques, l’encépagement, les règles de présentation et
d’étiquetage, les rendements (des vignes), les pratiques
environnementales… ». Bref, on envisagerait de créer de nouvelles
catégories d’AOC, les AOCE (Appellations d’Origine Contrôlée
d’Excellence), un peu comme en Italie : les DOCG (appellation garantie)
par rapport aux simples appellations DOC. M. Renou se dit «
prêt à débattre de tout ! » . C’est bien ! mais c’est toute
une mentalité profonde qui est à reconsidérer, avec des révisions
déchirantes à la clef… La crise touche également nos voisins européens
et la morosité n’a pas manqué de planer sur le salon international
VINITALY de Vérone des 1, 2, 3, 4 et 5 avril dernier.
Dans le même temps, les pays du nouveau monde et particulièrement
l’Australie, le Chili et l’Argentine continuent à conquérir des parts de
marché...
Restons en là avec les motifs d’inquiétude et de morosité et
parions résolument sur l’avenir en poursuivant avec ardeur notre quête de
l’esthétique œnologique avec des vignerons respectueux de nos
attentes.
NOS RECENTES
DECOUVERTES
Mon voyage de Mars-Avril 2004 en Europe Centrale et
Italie du Nord laisse augurer de nouvelles spécialités remarquables chez
nos partenaires autrichiens de toujours et chez quelques nouveaux
partenaires italiens. J’ai fréquenté l’Italie régulièrement depuis ma
plus tendre jeunesse, ainsi, les noms de Bardolino, Valpolicella, et
autres Soave, m’ont toujours été familiers. Toutefois, le niveau
qualitatif de ces vins m’est longtemps apparu insuffisant. La majeure
partie de la production était entre les mains de quelques très grandes
caves qui ont toujours favorisé la quantité à la qualité. Nous constatons
depuis une dizaine d’années l’émergence de petits et moyens Domaines qui
ont un souci affirmé du rapport qualité/prix.
Parmi eux, j’aimerais attirer votre oenophile attention
sur le Domaine Guerrieri Rizzardi, admirablement situé à Bardolino, près
du Lac de Garde. Fondé à la fin du XVIII ème siècle, ce domaine de 80
hectares, appartient à la famille des Comtes Rizzardi. L’encépagement,
presque entièrement composé de variétés indigènes, apporte aux vins une
originalité remarquable.
AMARONE DE LA
VALPOLICELLA
Le secret de ce vin hors normes réside dans le
passerillage (séchage sur lits de paille ou claies) des raisins
autochtones de la région : Corvinone, Rondinella, auxquels s’ajoutent un
peu de Sangiovese et de Barbera. La grappe parfaitement saine et mûre à
la récolte ne doit souffrir d’aucun défaut. La moindre détérioration au
cours du passerillage entraîne son élimination. La durée du processus est
d’au moins trois mois avec une perte de volume de 50% à 75%. Il est à
noter que des Amarone à « petits prix » sont élaborés grâce à un séchage
des raisins en 3 jours dans des étuves munies de ventilateurs…(No comment
!) Au cours du processus de passerillage, on obtient une concentration
des extraits secs, du sucre et de l’acidité. La différence entre un vin
de paille classique (Recioto) et un Amarone est la poursuite de la
fermentation après le pressurage jusqu’à l’obtention d’un vin complètement
sec. Le vin peut atteindre parfois 16% vol d’alcool ! La durée
d’élevage est de deux à trois ans en foudre. Il s’agit d’un rouge
d’exception, doté d’une grande longévité et réservé aux grandes occasions
: à consommer toutefois avec modération.
AMARONE DOC CLASSICO 1997 :
GUERRIERI RIZZARDI
Date de la vendange : 25 septembre 1997. Cépages :
Corvinone, Rondinella, Sangiovese et Barbera. Durée de séchage des
raisins : quatre mois dans des caissettes de bois fruitiers à
claire-voie. Fermentation des moûts : en foudres de 50
hectos. Elevage de trois années en barriques de chêne slovène et
français de 25 et 18 hectos. Quantité produite : 11800
bouteilles. Durée de conservation : 25 ans minimum. La robe du vin
est magnifique, grenat avec traces d’évolution. Le bouquet est très
complexe, floral, épicé, balsamique. La bouche se révèle redoutablement
puissante, extrêmement typée, structurée et de grande longueur. Un des
plus grands vins rouges du monde dans sa catégorie.
BARDOLINO DOC CLASSICO 2003 :
CRU TACCHETTO
Surface du cru : 3,5 hectares à l’ouest de Vérone près du
Lac de Garde. Cépages : Corvina, Rondinella et Sangiovese. Date de
vendange : du 19 au 25 septembre 2003. Fermentation et élevage en cuve
inox. Degré d’alcool : 12%vol Robe rubis, brillante. Bouquet
caractéristique de cerises et d’épices doux. Bien que présentant une
certaine structure, la bouche est coulante et très fruitée. Idéal vin
d’été.
VALPOLICCELLA DOC CLASSICO :
SUPERIORE 2002
Origine : commune de Negrar au nord ouest de
Verone. Cépages : Corvina gentile, Corvinone, Molinara, Rondinella,
Negrara, Barbera. Degré d’alcool : 12.5% vol. Elevage en foudres de
chêne slovène et français. Robe rubis intense. Vin aromatique, fruité,
équilibré et de bonne longueur. Il était considéré au XIX ème siècle
comme le meilleur vin d’Italie.
SOAVE DOC CLASSICO 2003 :
GUERRIERI RIZZARDI
La zone d’appellation Soave est située à une vingtaine
de kilomètres à l’Est de Verone. Les vignes sont plantées sur des
collines volcaniques exposées au midi. L’encépagement du vignoble se
partage entre le Garganega et le Trebbiano di Soave, plus un peu de
Chardonnay. Le Garganega est un cépage original et intéressant qui
donne le meilleur de lui-même sur le terroir volcanique de Soave,
lorsqu’il est bien vinifié. Le millésime 2003 qui vient d’être mis en
bouteille est élaboré à 95% à partir du Garganega. La robe est pâle. Le
vin très fruité est doté d’une bonne consistance et d’une finale
rafraîchissante. Bon vin d’été.
GOLSER STROHWEIN "VIN DE
PAILLE" :
CABERNET SAUVIGNON 2003
G-LUNZER
Faisant route vers la Hongrie, je suis passé lundi matin
22 mars chez Georg Lunzer à Gols, afin de voir où en était le « bébé
». L’examen est très satisfaisant ! Pour résumer :
• 1800 kg de raisins de cépage Cabernet Sauvignon ont été
vendangés le 5 septembre 2003 . La richesse du moût était de 18KMW (18% de
sucre par litre de moût en masse volumique). • Les raisins ont passé
cinq mois sur lit de paille (voir photo sur notre site internet). • Ils
ont été pressurés le 5 février 2004. La richesse du moût avait alors
atteint 35 KMW(35 % de sucre par litre de moût en masse
volumique). Alcool : 11.7 %vol ; sucres résiduels : 211.8 gr/litre ;
acidité fixe : 8.7%0. • La robe est superbe(rubis-corail). Le vin
fermente encore un peu mais il sera filtré demain et ainsi stabilisé. Il
se révèle très riche à la dégustation, probablement supérieur encore à
l’excellent millésime 2002. L’acidité est très satisfaisante et équilibre
remarquablement ce petit joyau œnologique aux arômes intenses de fraise
des bois, framboise et autres fruits rouges. La persistance aromatique est
excellente. • Le vin sera livrable autour du 15 juin 2004.
La quantité totale de ce précieux nectar ne devrait pas
dépasser 600 bouteilles. Comme pour les millésimes précédents les plus
prompts à réagir seront servis.
|