News : 9 mai 2018 : Sixième vente aux enchères des vins de Tokaj, le 21 avril 2018

Orliénas, le 9 mai 2018,

Ce 21 avril 2018, tout juste arrivé dans la région la veille au soir, j’ai participé « en tant qu’observateur » à la 6ème vente aux enchères des vins de Tokaj, organisée par notre confrérie, dont j’ai l’honneur d’être membre depuis 2003.
Après les deux premières éditions, 2013 et 2014 qui se sont tenues au château de Sarospatak, la manifestation a rejoint en 2015 l’ex-synagogue de Tokaj, transformée en un beau local polyvalent après des travaux considérables.
Cette édition 2018 était organisée en duplex avec le club londonien du vin : »67 Pall Mall« . La confrérie avait une fois encore orienté la sélection des lots sur des vins blancs secs, issus ultra majoritairement du cépage dominant de l’appellation, le Furmint. Toutefois, étaient heureusement joints à cette vente, quelques lots de Tokaji Aszu intéressants, ainsi qu’un lot de Tokaji Szamorodni sec.
Les résultats de la vente ont été, je pense, fort éloignés des attentes des organisateurs et ceci pour plusieurs raisons.

La première, la plus évidente à mon sens, est que Tokaj doit sa réputation historique depuis presque quatre siècles, à sa capacité à réaliser d’extraordinaires vins moelleux aptes à se conserver presque un siècle… Le cépage Furmint, très peu aromatique, globalement acide et présentant des taux d’alcool de plus en plus élevés, pour cause de réchauffement climatique, est inapte à produire de grands vins blancs secs. En revanche, il n’a pas ou peu de vrais concurrents pour la réalisation de grands vins liquoreux naturellement doux.
Seule exception : le Tokaji Szamorodni Szaraz (sec), élevé à la méthode oxydative, rejoint alors les plus grands vins de sa catégorie : je pense particulièrement  aux Vins Jaunes Jurassiens et au Xérès andalou. Le Tokaji Szamorodni sec après trois ou quatre années d’élevage, souvent sous voile, en barriques usagées et une quinzaine d’années au moins de séjour en bouteille, peut atteindre des sommets qualitatifs insoupçonnables.

La deuxième raison à cette déconvenue est à mon sens liée à des estimations de prix fantaisistes et hors marché. Les résultats de la vente ont été malheureusement conformes à ces deux observations. Seuls quelques lots de Tokaj Aszu ont franchi le cap, plus de la moitié des lots ont été retirés sur les 39 présentés. C’est certes bien regrettable, mais il fallait s’y attendre. Seul un véritable aveuglement des producteurs, lié à des erreurs marketing, a conduit à cet échec.

Alors, quid de la prochaine édition 2019 ? Il ne m’appartient pas de le dire, mais je conseillerai fortement à mes amis de la Confrérie des Vins de Tokaj, de ré-orienter franchement leur sélection vers de belles cuvées d’Aszu, de Tokaji Szamorodni doux, de Tokaji Szamorodni sec le cas échéant, sans oublier quelques bouteilles de collection, à titre de cerises sur le gâteau. Il est intéressant de noter à ce sujet que les 12 bouteilles de Tokaj Azsu 5 Puttonyos 1963 présentes à la vente, ont été adjugées à 457 € la bouteille.
Ceci démontre l’extraordinaire potentiel de ce vignoble, qui m’enchante depuis 32 ans maintenant…
Je recommanderais aussi, bien entendu, de ne pas tenter de s’affranchir des lois du marché. Un vieux souvenir me revient, puisque je suis presque un « dinosaure » dans cette région : en 1990, les dirigeants du Combinat de Tokaji qui possédait le monopole des exportations, avaient décidé subitement de doubler le prix des vins vers les marchés occidentaux… Les affaires se sont bien entendu arrêtées brutalement et ils n’ont plus vendu une seule bouteille… Alors, gageons qu’en 2018, on comprenne un peu mieux ce que signifie le terme économie de marché…

Jean-François Ragot

6ème vente aux enchères des vins de Tokaj, organisée par la Confrérie des Vins de Tokaj.
Synagogue de Tokaj, le 21 avril 2018.

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