News : 9 février 2017 : Voyage à Madère (Madeira)

Orliénas, le 9 février 2017,

J’ai eu l’opportunité, ce mois de janvier 2017, de me rendre dans l’ile de Madère. Je rappelle que cette petite ile (740 km²) se situe à environ 650 km au large du Maroc, en plein cœur de l’océan atlantique. Elle bénéficie d’un climat sub-tropical océanique, qui lui garanti une sorte de printemps perpétuel avec des amplitudes jour/nuit et des variations de température saisonnières faibles.
Ce ne sont, à priori, pas des conditions favorables à la culture de la vigne, qui est d’ailleurs très limitée, car on trouve seulement environ 500 Ha de vignes. C’est par exemple, à peu près la moitié de l’appellation beaujolaise Morgon.

La production annuelle est d’environ 40.000 Hl de vin d’appellation Madère. 92% de la production est vendue aux huit opérateurs qui vinifient et élèvent les vins, les 8% restants étant affectés à la consommation familiale.

Durant les trois premiers jours de mon voyage, j’ai cherché en vain, ces fameux vignobles historiques. Ils sont en fait disséminés un peu partout dans l’ile avec une plus grande concentration sur la partie nord, ainsi que sur la côte sud. Il m’a fallu plusieurs jours pour presque tous les recenser.
Il faut le dire tout de suite, le vin qui sort du pressoir ne présente aucun caractère satisfaisant, les conditions climatiques, de par l’absence d’amplitude des températures jour/nuit, étant comme on le sait très défavorable à la production de vins de qualité. On peut rajouter, particulièrement sur la côte nord, une absence de chaleur ne permettant pas une maturité favorable du raisin. Sur la côte sud, les températures plus élevées permettent toutefois d’atteindre de meilleurs degrés naturels.

Vignoble au dessus de la petite ville de São Vicente (côte nord de l’ile de Madère), le 10 janvier 2017.

Vignoble au dessus de la petite ville de São Vicente (côte nord de l’ile de Madère), le 10 janvier 2017.

Vignoble au dessus de la petite ville de São Vicente (côte nord de l’ile de Madère), le 10 janvier 2017.

Petit vignoble cultivé comme des jardins sur des terrasses à Calheta (partie sud-ouest de l’ile), le 11 janvier 2017.

Petite « vigne-jardin » sur la côte nord de l’ile, au dessus de la petite ville de Seixal, le 12 janvier 2017.

Petite « vigne-jardin » sur la côte nord de l’ile, au sessus de la petite ville de Seixal, le 12 janvier 2017.

Petit « vignoble-jardin » sur la côte nord de l’ile au dessus de la petite ville de Seixal, le 12 janvier 2017.

Petite « vigne-jardin » sur la côte nord de l’ile, au dessus de la petite ville de Seixal, le 12 janvier 2017. On remarque le long du vignoble, une levada : il s’agit d’un système complexe d’irrigation qui permet d’apporter le long des côtes l’eau récupérée sur le plateau central de l’ile.

Vignoble en terrasses dominant l’océan, sur la côte nord, le 12 janvier 2017.

Une sympathique vigneron dans son « vignoble-jardin », le 18 janvier 2017 à Câmara de Lobos.

« Vignoble-jardin » sur la côte sud-ouest de l’ile à Jardim do Mar, le 19 janvier 2017.

Vignoble expérimental du domaine Quinta das Vinhas à Estreito da Calheta, le 24 janvier 2017.

Vignoble expérimental du domaine Quinta das Vinhas à Estreito da Calheta, le 24 janvier 2017. Il s’agit d’un des rares vignobles de l’ile représentant environ 4 Ha.

Par conséquent, ce sont deux méthodes très originales qui sont à l’origine de la célébrité de ces vins : en effet, on s’est rendu compte empiriquement par le passé d’une extraordinaire capacité d’amélioration du vin, lorsqu’on le soumettait à des conditions extrêmes d’élevage, comme l’exposition prolongée à la chaleur, facteur d’oxydation intense.
Pour résumer, ce qui assassine n’importe quel vin, blanc ou rouge classique, magnifiait ici le vin de Madère…
A partir de ces constatations, se sont développées dans les temps modernes deux types d’élevage :

L’estufagem : c’est la méthode pour produire rapidement avec un coût limité des vins de qualité moyenne à assez bonne. Il consiste à porter le vin durant trois mois à 48°C dans des cuves autoclaves et à le laisser reposer ensuite durant un minimum de deux ans avant la mise en marché.

Canteiro : c’est bien entendu la méthode la plus noble qui consiste à laisser vieillir les meilleurs cuvées dans des tonneaux, directement sous les combles des chais. Ce vieillissement qui peut atteindre 30 à 40 ans a bien entendu un coût élevé.

Historiquement, on évoque quatre types de vins, correspondant à quatre cépages traditionnels. Ce sont eux qui ont fait la célébrité des vins de Madère :

 – Sercial : production de vin plutôt de type sec
Verdelho : production de vin demi-doux
Boal : production de vin doux
Malvasia : production des vins les plus doux

La réalité sur le terrain est quelque peu différente… ces quatre cépages historiques représentent une centaine d’hectares tout au plus. Ceci signifie que la très grande majorité des vins, provenant des 400 hectares restants, est élaborée avec un cinquième cépage, le Tinta Negra, cépage rouge de qualité inférieure aux quatre autres, resté très longtemps sous le manteau et qui a retrouvé droit de cité avec les modifications de la législation en 2015.
A titre informatif, vous trouverez ci-dessous la liste des cépages recommandés et autorisés. Pour certains d’entre eux, ils n’existent plus qu’à l’état de traces.

Cépages Recommandés  Couleur
Bastardo Rouge
Folgasão (Terrantez) Blanc
Listrão Rosés
Malvasia-Cândida Blanc
Malvasia-Cândida Roxa Rosés
Malvasia-de-São-Jorge (Malvasia, Malvazia) Blanc
Malvasia-Fina (Boal, Bual) Blanc
Moscatel-Graúdo (Moscatel de Setúbal) Blanc
Sercial Blanc
Tinta Rouge
Tinta Negra (Molar, Saborinho) Rouge
Verdelho Blanc
Verdelho-Tinto Rouge

 

Cépages Autorisés

 Couleur
Caracol Blanc
Complexa Rouge
Deliciosa Rouge
Rio-Grande Blanc
Triunfo Rouge
Valveirinho Blanc

La consommation des 40.000 hectolitres de vin se réparti entre le marché local, fort important de par le tourisme dans la capitale Funchal, le plus souvent pour de très courts séjours et le marché export. La France est un gros acheteur de vins de très bas de gamme, destinés à la cuisine… On rencontre la même problématique avec le Porto : la France est le plus gros acheteur de Porto, mais de bas de gamme…

Mes dégustations chez trois opérateurs locaux : Henriques & Henriques, Barbeito et la Madeira Wine Company, m’ont permis d’aborder à peu près tous les types de vin, à partir du Tinta Negra, du Verdelho, du Boal, de la Malvasia et du Sercial. Je dois dire que je n’ai pas du tout été convaincu par les vins de base. Il a fallu vraiment monter en gamme (Boal et Sercial millésimés) pour éveiller ma « sensibilité œnologique »…
Madère était peut-être le dernier vignoble historique que je ne connaissais pas. J’aurai l’occasion, lors d’une prochaine mise-à-jour, de revenir sur mes notes de dégustations.

Les chais de Barbeito à Câmara de Lobos, le 18 janvier 2017.

Les chais de Henriques & Henriques – Vinhos, S.A. à Câmara de Lobos, le 18 janvier 2017.

Barbeito : Madeira Boal 1995 frasqueira, le 18 janvier 2017.

Barbeito : une bouteille de Malvasia d’un vieillissement de trente ans. Photo du 18 janvier 2017.

Maria Aguiar et Jean-françois Ragot en dégustation dans les chais de Henriques & Henriques à Câmara de Lobos, le 18 janvier 2017.

Jean-François.


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