News 5 Décembre 2005

VENDANGES 2005 A TOKAJ

et coup d’œil dans le Burgenland

Cher ami (e) œnophile, cher(e) client(e).

Cette Lettre de Décembre clôturant 2005 sera particulièrement copieuse et éclectique. Tout en espérant que vous prendrez quelque plaisir à sa lecture, permettez nous de vous souhaiter d’excellentes fêtes de Noël (en compagnie de nos vins bien entendu, à consommer toutefois avec toute la modération requise !)

Dans ma lettre de Septembre, je vous avais donné quelques informations assez pessimistes sur la prévision de vendanges en Autriche et en Hongrie. Le climat fait quelquefois des miracles. Les mois de Septembre et d’Octobre ont été particulièrement secs et ensoleillés dans cette partie de l’Europe, comme ailleurs. Le résultat ne s’est pas fait attendre et on peut dorénavant parler de bon, voire d’excellent millésime, le propos étant à ventiler, en fonction du type de vin et de la région.

•  En Autriche, dans le Burgenland, petite récolte et quelques bons vins rouges, voire très bon, car les rendements ont été faibles. La surprise concerne les vins liquoreux qui ont bénéficié à plein de ce retour d’été tardif et prolongé. J’en ai testé quelques uns de vraiment « top » ! Les vins blancs secs, quant à eux, ayant été vendangés beaucoup plus tôt en Septembre, n’ont pas pu bénéficier à plein de l’été indien. Ils sont plutôt assez légers en comparaison des derniers millésimes, mais agréablement fruités pour ce qui concerne ceux que j’ai dégustés.

•  En Hongrie, et particulièrement à Tokaj, c’est un véritable miracle que nous avons vécu, avec Septembre, Octobre et même Novembre, beaux et secs. Bien entendu, une bonne partie de la zone a vendangé trop tôt et n’a pas laissé la nature accomplir son œuvre. Quel dommage ! Les vignerons et les domaines qui ont su attendre la première semaine de Novembre (Je sais, que c’est tard et risqué… mais n’oublions pas que dans la grande tradition locale, les vendanges ne débutaient jamais avant le 28 Octobre !) ont rentré une « matière première » de toute beauté, avec de superbes grains « aszu ». Je n’ai pas peur de dire que la partie sud et centre de l’appellation produira un grand millésime. Je pourrai vous en dire plus en fin d’hiver, après les premières dégustations.

Petite chronique des vendanges d’aszu 2005

Lundi 31 Octobre

Temps magnifique, sans la moindre trace de brouillard. Il a fait -2°c cette nuit dans le centre de la zone. Je pars à la recherche des vendangeurs. Il semble que pas grand monde travaille ce lundi de «  pont de la Toussaint… » A Tolcsva,à part chez Orémus,toutes les vignes ont déjà été vendangées depuis un bon moment et les bâtiments de l’ex « combinat » semblent désertés. Dans le sud de la zone (20 km de Tolcsva) rien ne bouge non plus ce matin, mais un petit tour dans les vignes achève de me convaincre que les vendanges ont été à peine commencées.
Les prévisions à 10 jours, indiquant la stabilité de l’anticyclone sur l’Europe Centrale, semblent avoir dopé l’optimisme de nos amis…Ils ont décidé semble t’il ,de jouir paisiblement de ce long week-end de quatre jours ,car il semble peu probable que les travaux reprennent maintenant avant le mercredi 2 Novembre.
Étant « monté » jusqu’à Sarospatak, j’ai miraculeusement rencontré un vinificateur,apparemment seul à travailler,qui m’a fait déguster deux Muscat secs fraîchement vinifiés, pas mal du tout, ainsi qu’un « dé à coudre » d’Essence de Tokaji… juste pour voir ! C’est prometteur, car elle est issue des premiers tris d’Aszu. Les vendanges de cette semaine et de la semaine prochaine devraient magnifier la qualité,c’est du moins mon sentiment.

Mardi 1er Novembre

Comme je l’imaginais bien,en dépit d’un temps magnifique, pas le moindre vendangeur dans le vignoble…

Mercredi 02 Novembre

Cette journée a été consacrée à une visite en Ukraine (55km à vol d’oiseau de la frontière). Quelques vignobles existent dans cette région de Transcarpatie, dans les environs de Uzghorod (l’ancienne Ungvar austro-hongroise). Pour le moment,je dirai : RAS !

Jeudi 03 Novembre,

Grande journée dans toute la zone d’appellation, du nord au sud, avec prise de nombreuses photos destinées à illustrer notre site internet.
C’est l’occasion de goûter beaucoup de raisins « frais » et aszu qui me convainquent de l’excellence du millésime à venir, pour qui aura su attendre le moment opportun… Une chose simple et parfois oubliée ou occultée, est que la saveur du raisin vendangée est très directement liée au vin à venir…
Les raisins « frais » et aszu sont vraiment délicieux et dénués de pourriture grise, grand ennemi de l’Aszu et du Szamorodni doux.
Un autre élément pour se faire une idée est de mesurer la richesse du grain confit au réfractomètre, après l’avoir soigneusement écrasé. Ils sont pour les meilleurs d’entre eux tellement secs, que ce n’est pas si facile que cela d’en exprimer un peu de jus. Je trouve jusqu’à 62,63 KMW (62 à 63% de sucre par litre de moût en masse volumique).
La dernière « épreuve » qui confirme le jugement pressenti, est une nouvelle dégustation de L’Essence de Tokaj. Elle atteint et dépasse cette fois-ci 800 gr de sucres « résiduels » par litre de moût avec une acidité fixe jusqu’à 24‰. C’est en tous points remarquable et dans l’esprit du grand 1999.
C’est par conséquent très satisfait que je regagne mes pénates vers 16h, avec l’arrivée de la nuit.

Vendredi 04 Novembre,

Cette journée sera consacrée également à la photo des éléments les plus intéressants de cette vendange 2005, tout ceci accompagné de quelques dégustations, en particulier du millésime 2002, qui sortira en 2006. Vous ne devriez pas être déçus par le Château Sarospatak 6 Puttonyos 2002

Tout voyage en Europe Centrale passe pour Dionis par l’ Autriche, d’où je vous rapporte également de bonnes nouvelles :

A Gols dans le Burgenland, les difficiles conditions du millésime 2005 (gel, orages, pourriture) sont à l’origine d’une réduction de récolte qui peut être proche des 2/3 : une magnifique fin d’été et une arrière saison parfaite ont sauvé l’année. Georg Lunzer a produit de bons blancs secs et d’excellents rouges. Il n’a pas été possible de produire de vins de paille cette année, le risque étant trop important.

A Rust en revanche, les conditions qui sont très particulières par rapport au reste de la région, ont permis cette année de vendanger chez Bruno Landauer de splendides raisins botrytisés « nobles » blancs et même, ce qui est rarissime, rouges !

Les vins blancs secs, quoique « enrichis » cette année, ont tiré leur épingle du jeu et feront quelques bons vins de soif pour l’été 2006. Les rouges, quant à eux, n’ont bien entendu pas pu être dégustés si tôt. Nous en reparlerons à la sortie de l’hiver.
Le point fort de 2005, c’est les liquoreux, avec un super « auslese » de 25 kmw (25% de sucre par litre de moût en masse volumique) issu de tries de Furmint, Weissburgunder, Chardonnay, Welschriesling et Sauvignon. On est dans l’esprit des excellents 2002 et 2004.

Très bon Ausbruch également, issu de Welschriesling, Weissburgunder et Neuburger, d’une richesse en sucre de 30.5 kmw à 33 kmw, selon les cuvées.

La grande curiosité du millésime chez Bruno est un liquoreux rouge de pourriture noble, issu du Zweigelt et du Pinot Noir, qui présente une palette aromatique assez « ébouriffante ». D’une richesse à la vendange de 26 kmw, on évalue avant toute analyse officielle sa richesse en sucre à une centaine de gr et son taux d’alcool à 11% vol.
Quand il sera mis en vente, je vous conseille de ne pas le louper ! Les conditions pour produire ce type de vin, se présentent en moyenne tous les 15 à 20 ans.

 

LE MOSCATO PASSITO DI PANTELLERIA DOC

 

A Pantelleria, nous sommes seulement à 70km de la Tunisie et bien loin de l’Italie traditionnelle. C’est un peu un « bout du monde » marche avancée de l’Europe au large de l’Afrique.
Cette petite île volcanique de 83km2 fût dans l’antiquité une escale importante pour les marins carthaginois. On y produit depuis des temps reculés du vin et des câpres.
On estime en effet, que la vigne y a été cultivée depuis le troisième millénaire avant J-C.
D’un usage local au cours des temps modernes, c’est en 1883 que la célèbre Maison de Marsala Rallo décide de mettre le vin de Pantelleria à sa carte. C’est le début de sa célébrité en Europe.

Actuellement, il y a 882 producteurs , dont l’écrasante majorité porte ses raisins à la coopérative. La surface plantée est de 1400 Ha , entièrement sur des sols volcaniques. Traditionnellement, les vignes sont plantées sur de curieuses petites terrasses et une partie d’entre elles sont encore taillées comme à Santorin selon le mode du « kouloura » (voir notre lettre de novembre 2001 sur le Vinsanto de Santorin).

Les facteurs décisifs sont ici la pierre (terroirs volcaniques) le soleil et le vent qui souffle presque de manière continue.

Située à une latitude de 37° sud , le climat méditerranéen est chaud, mais tempéré, avec une moyenne de l’ordre de 25°C en été et de 12°C durant les mois d’hiver. Les précipitations sont très modérées, de l’ordre de 400mm annuellement.

Le cépage cultivé ici depuis le 9eme siècle (apporté par les arabes) est le Muscat d’Alexandrie, appelé Zibibbo. Il doit obligatoirement être présent à 95% dans l’élaboration du vin, les 5% restant pouvant être des variétés locales. De fait, actuellement, le vignoble n’est pas très éloigné des 100% de Muscat d’Alexandrie.
Ce dernier appartient à la grande famille des Muscats, dont il existerait plus de deux cent variétés de vignes et dérivés. Il est connu depuis l’antiquité. De tous les cépages que nous connaissons, il fût l’un des premiers à être cultivé. Il est très probablement d’origine nord-africaine.
Il nécessite un climat chaud pour mûrir complètement, étant très sensible au froid. On le trouve dans de nombreux pays du sud de l’Europe, au Moyen Orient, en Afrique du Sud (dénommé Hanepoot), en Australie, en Californie et en Amérique du sud.
De part sa capacité à accumuler une grande richesse en sucre, il est utilisé presque exclusivement pour la vinification des vins doux.
Il est plutôt en régression dans les zones où il n’a pas su convaincre par sa qualité. Ses plus belles illustrations sont à Sétubal au Portugal et bien entendu à Pantelleria. Les grappes ont des dimensions impressionnantes et atteignent souvent ici le poids d’un Kg !

Le vin lui-même, peut être de plusieurs types :
« naturale », effervescent, naturellement doux ou « liquoroso » (l’équivalent chez nous des vins doux naturels, qui contrairement à leur nom sont mutés à l’alcool).
Le « Passito » (raisins séchés au soleil) peut être soit naturellement doux, soit liquoroso (c’est-à-dire muté).
Le plus intéressant est bien sûr le Passito naturellement doux, dont nous avons le plaisir de vous présenter une excellente sélection faite par mes soins en Sicile au mois de Mai 2005, à des conditions attractives.

TERRADEA MOSCATO DI PANTELLERIA PASSITO DOC NATALE PERAINO
(Vin non millésimé présenté en grandes bouteilles de 0.75l)

En provenance de divers vignobles bien exposés de l’île de Pantelleria, d’un âge moyen de 25 à 30 années, positionnés sur des sols volcaniques, les raisins, récoltés vers la fin du mois d’août, passent par un processus de séchage au soleil d’environ 25 jours sur de petites terrasses appelées « stenditoi », elles mêmes, adossées à de grands murs.
Ce procédé, destiné à concentrer le sucre et les extraits par déshydratation des raisins, est connu depuis la plus haute antiquité. Les romains qui étaient de grands buveurs aimaient les breuvages « forts » aptes à mener le consommateur rapidement à l’état d’ivresse désiré…
De nos jours, ce type de vin est devenu plutôt un « vin de méditation » que l’on sirote volontiers en hiver pour oublier les rigueurs du temps…
Tout comme le Vinsanto de Santorin , le Nectar de Samos ou la Malvasia di Lipari , il appartient au patrimoine des vins mythologiques qui nous relient au passé.

Une fois l’ « appassimento » (le séchage) effectué, les grappes à l’état de raisins secs, sont apportées dans le cuvage et délicatement écrasées, plus que pressurées. Elles sont alors assemblées à du moût de raisin frais de Zibibbo . Commence ensuite une longue phase de macération de plus d’un mois , destinée à extraire les arômes du raisin. Cette phase est suivie d’une lente fermentation d’une vingtaine de jours à 18°C, du moût très riche en sucres naturels.
Natale Peraino a choisi délibérément de ne pas millésimer son vin et de se réserver ainsi l’opportunité d’assembler des cuvées issues de plusieurs années. Il préfère également ne pas élever son vin dans le bois (barriques ou foudres) mais dans des cuves d’acier inox, qui lui donnent une palette aromatique plus fruitée et moins « oxydative ».

Éléments analytiques :
Alcool : environ 15% vol.
Sucres résiduels : 140 gr/litre
Acidité fixe : 5.50‰

« La robe du vin est brillante, ambrée, à reflets topaze. Le nez surprend par sa richesse et son intensité aromatique. C’est un feu d’artifice de fruits secs où l’on distingue la figue et le raisin de Corinthe, sans oublier le miel et une riche palette de pains d’épices. En bouche, en dépit de sa concentration, le vin ne présente aucune lourdeur, mais laisse place à beaucoup de finesse, à une consistance soyeuse et à une palette fruitée exquise où l’on retrouve les dattes, l’orange confite, l’abricot, la sauge et la myrte. Il est merveilleusement équilibré, avec une persistance aromatique impressionnante ».

LE VIN DE CONSTANCE 2001

Comme chaque année à cette époque, c’est le moment de l’allocation du nouveau millésime de Vin de Constance. Nous en sommes au quinzième ! déjà…
Je me rappelle comme si c’était hier de ma première visite au Domaine au mois d’Avril 1991 en compagnie de ma femme et de ma fille. C’était une autre Afrique du sud que celle d’aujourd’hui, trois ans avant les premières élections libres du 27 Avril 1994. Les signes les plus choquants de l’apartheid avaient toutefois disparu depuis 1986.
Que de discussions, parfois stériles, avec la famille Jooste pour le premier lancement international du vin… Enfin, tout s’est bien passé et le premier millésime commercial, le 1987 (il a été produit environ 400 bouteilles du millésime 1986) a remporté un succès évident en France.
Actuellement, il n’y a pas de jour où nous ne soyons sollicités pour du Vin de Constance. Quelques restaurants prestigieux comme le V (Hôtel Georges V) comptent parmi les plus importants demandeurs.
Le millésime 2001 se classe dans la moyenne haute des millésimes du Domaine, les vignes ayant atteint leur pleine maturité après une vingtaine d’années.
Je suis allé déguster ce vin au Domaine début Mai 2005. Il est en tous points excellent, avec les éléments analytiques suivants :

•  alcool : 14.65%vol
•  Sucres résiduels : 144 gr/l
•  Acidité fixe : 8.4‰

« Le vin est d’un grand classicisme, avec cette touche complètement inimitable d’arômes de pin et de lavande et cette pointe empyreumatique de grillé et de fumée. »

Il est intéressant de le comparer à ses « cousins » de Samos, dont ils partagent ensemble le même cépage (Muscat à Petits Grains). Ils sont délicieux tous les deux, mais si différents…
Comme le vin ne sera pas disponible avant le courant du mois de Janvier 2006, soyez gentils de nous faire une commande à part pour le Vin de Constance 2001. Nous livrerons, pour ce vin uniquement, à titre dérogatoire, à partir d’un carton de 6 bouteilles. Les prix demeureront inchangés cette année encore.

Je vous signale aussi qu’il nous reste quelques cartons de 1999 et que le domaine devrait nous attribuer également avec l’allocation de 2001, une petite rallonge de 2000 (environ 120 bouteilles), alors, amateurs à vos stylos, téléphone, e-mail, ou fax  !

Joyeux Noël !

Jean François RAGOT


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